C. Structures nationales et actions internationales de développement

Examinons en premier lieu les structures nationales et le cadre de développement des NTIC avant de nous pencher sur les caractéristiques du plan de développement.

1. L'action du gouvernement, les structures d'encadrement mises en place et le plan de développement national

a) Les organes et les cadres qui structurent l'internet au Burkina Faso

(1) Le Conseil Supérieur à l'Informatique du Faso

Le Conseil Supérieur à l'Informatique du Faso (CSIF) a été créé en 1997. Il est présidé par le Chef du gouvernement, ses missions sont les suivantes :
- Définir et proposer au gouvernement les grandes lignes de la politique nationale informatique en rapport avec les plans de développement
- Examiner les plans et les programmes informatiques
- Recommander tous projets, études et programmes dans les domaines informatique et les disciplines connexes
- Préconiser toute mesure propre pour la maîtrise et la promotion de l'informatique.

(2) La Délégation Générale à l'Informatique (DELGI)

La Délégation Générale à l'Informatique (DELGI) a été créée en 1997. C'est un organe public d'aide à la décision, d'exécution et de contrôle de la politique informatique de l'État. Son délégué général, actuellement Johachim Tokoano, est nommé en Conseil des Ministres. La DELGI est rattachée au Premier Ministre. Ses missions sont les suivantes :
- Planification, réglementation et contrôle de l'informatique
- Planification et suivi de la formation et de la recherche en informatique
- Délivrance des agréments pour la fourniture d'équipements et de services informatiques
- Tutelle technique des centres de traitement informatique, des centres de formation informatique et de toutes autres structures publiques dont l'activité entre dans le cadre de ses attributions
- Supervision et validation des schémas directeurs informatiques des ministères et établissements publics
- Promotion et vulgarisation de l'outil informatique
- Donner son avis sur tout marché informatique de l'état e de ses démembrements

(3) Les ateliers

Des ateliers nationaux ont été lancés en 1996 et 1997 dans l'objectif d'engager des réflexions sur le développement des nouvelles technologies au Burkina Faso. De nombreuses pistes de développement sont issues de ces ateliers.

(4) Le cadre de référence pour le développement des TIC

Un cadre de référence a été défini afin d'assurer un développement global et cohérent des TIC. Il a été approuvé par le Conseil Supérieur de l'Informatique du Faso le 23 avril 1998.

Il poursuit les objectifs suivants :
- créer les conditions pour la bonne gouvernance en réduisant les charges et en améliorant la circulation de l'information, la productivité, la qualité des services et la pertinence des prises de décision ;
- aider le pays à développer les avantages concurrentiels qui vont lui permettre de tirer le meilleur parti de la mondialisation, à travers une parfaite maîtrise et une utilisation optimale des nouvelles technologies de l'information et de la communication ;
- garantir la rationalisation des efforts à consentir, un développement conséquent des ressources humaines requises et la cohérence du cadre institutionnel et de l'infrastructure nationale à mettre en place.

Ces intentions ont été traduites par quatre programmes sectoriels :
- La modernisation de l'administration
- La facilitation du commerce
- L'appui à l'éducation et à la recherche
- Le développement de centres communautaires
Et quatre programmes fédérateurs :
- La mise en place d'une infrastructure nationale de communication
- La sensibilisation et la formation
- Les choix technologiques
- L'organisation du secteur

(5) ONATEL/FASONET

L'Office National des Télécommunications (ONATEL) a été créé le 19 février 1987 sous la forme juridique d'un établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC), il a ensuite été transformé en novembre 1994 en société d'Etat. Ses missions étaient à sa création les suivantes ; elles sont restées approximativement les mêmes :
- La mise en place et l'exploitation rationnelle et efficace du service public des télécommunications.
- L'application de la réglementation et de la législation en matière de télécommunications, notamment les accords, les conventions et les règlements adoptés par les organisations internationales des télécommunications dons le Burkina Faso est membre.
- La préparation et l'exécution des plans et programmes de développement du réseau national et international en vue de la desserte progressive, totale et conséquente du pays en services de télécommunications.
- L'offre de services de qualité, au plus grand nombre sous la contrainte d'un équilibre financier.

(6) Le Centre National de Traitement de l'Information (CENATRIN)

Le Centre National de Traitement de l'Information (CENATRIN) a été créé au début des années 70. Son avènement correspond à l'introduction de l'informatique au Burkina Faso.

(a) Les missions du CENATRIN à sa création

Le CENATRIN était à sa création, un Etablissement Public à Caractère Industriel et Commercial (EPIC), ses missions traduisaient une volonté d'optimiser l'utilisation du matériel et la gestion des ressources humaines, toutes deux très rares à l'époque dans le secteur informatique :
- L'acquisition et la gestion de centres informatiques
- La réalisation de tous travaux nécessaires au traitement de l'information commandés par les services de l'Etat, les collectivités locales, les entreprises et organismes publics, parapublics et privés.
- L'unification et la standardisation des moyens et des méthodes de saisie et d'exploitation des données.
- La formation professionnelle du personnel informaticien en fonction de ses propres besoins et de ceux des services utilisateurs des techniques de l'informatique.
- L'initiation et la formation professionnelle aux techniques de l'informatique, du personnel non informaticien des services utilisateurs des techniques de l'informatique.
- L'information du public sur les techniques de l'informatique et sur les nouvelles méthodes de gestion qu'elles permettent.
- La collecte de toute information nécessaire à la définition d'une politique de l'informatique et la mise en œuvre de la politique arrêtée par le gouvernement.

De sa création en 1970 jusqu'à l'avènement de la micro-informatique à la fin des années 80, le CENATRIN a assuré le développement d'applications informatiques pour les principaux services de l'Etat.

Au début des années 90, l'évolution du matériel et de l'informatique personnelle a conduit l'Etat burkinabé à modifier son approche et à adopter le premier plan directeur informatique national. La politique de centralisation des traitements informatiques autours du CENATRIN a été abandonné au profit d'une politique de rapprochement de l'outil informatique de l'utilisateur final.

(b) Les missions du CENATRIN depuis 1994

La nouvelle orientation a conduit à une redéfinition des missions du CENATRIN qui a été transformé en 1994 en Société d'Etat. Les nouvelles missions du CENATRIN sont les suivantes :
- La conception et / ou la commercialisation de solutions adaptées aux besoins locaux basés sur une utilisation optimale des Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication (NTIC).
- La fabrication, le montage et / ou la commercialisation d'appareillages informatiques adaptés aux conditions locales d'utilisation.
- La réalisation de tous travaux nécessaires aux traitements de l'information (développement de logiciels spécifiques, installation de réseaux locaux, installation de systèmes, gestion de centres informatiques, maintenance et dépannage d'appareillages informatiques), commandés par les services de l'Etat, les collectivités locales, les entreprises et organismes publics, parapublics et privés.
- La formation des utilisateurs.
- Le recyclage et le perfectionnement des informaticiens.

Le CENATRIN dispose d'un siège à Ouagadougou et d'un bureau à Bobo-dioulasso.

b) Caractéristiques du plan de développement des NTIC

Le gouvernement burkinabé a défini dans le plan quinquennal de 2000-2005, les orientations générales de sa politique de développement humain durable. Le gouvernement y a intégré l'usage des nouvelles technologies de la communication (NTIC).
Selon Charlemagne Zannou , la stratégie de développement des NTIC peut être caractérisée par trois éléments :

(1) Le développement de l'internet en adéquation avec la politique nationale de développement humain durable

La stratégie de développement des NTIC reflète le souhait de l'Etat burkinabé de donner une priorité au développement humain tel qu'il est définit par le PNUD.

(a) Le développement de l'infrastructure de base et l'ouverture du secteur de la télécommunication aux opérateurs privés

La loi du 23 décembre 1998 organise la fin de trente années de monopole de l'ONATEL. Des opérateurs privés ont déjà fait leur entrée sur le marché des télécommunications. La concurrence devrait favoriser l'émergence d'un service plus efficace et moins onéreux.

(b) La modernisation de l'Administration publique et l'interconnexion des différents services ministériels et des représentations Burkinabé à l'étranger

Un Intranet sécurisé administratif (RESINA) est en cours de réalisation. Le réseau ainsi créé devrait permettre un meilleur accès à l'information dans l'ensemble des services de l'Etat, notamment pour les services décentralisés.

La DELGI, noyau central de ce réseau, offrira un accès à l'internet aux services publics.

(c) L'intégration sous-régionale et le renforcement de la coopération internationale

La compétitivité du Burkina Faso au sein de l'union économique et monétaire ouest africain (UEMOA) passe par un renforcement de ses infrastructures de télécommunications de base et son accessibilité par toutes les populations y compris celles des zones rurales.

Il est, dans cette logique, prévu l'installation de points d'accès de proximité répartis sur le territoire national en vue de développer la communication des populations avec l'international.

Le gouvernement a parallèlement attiré l'attention de ses consuls et ambassadeurs sur l'internet comme moyen de communication international. Ceci en vue d'améliorer la communication auprès des partenaires internationaux et des représentations à l'étranger.

(d) Le renforcement de l'état de droit et l'amélioration du débat politique

Le gouvernement souhaite développer des sites web d'information sur les procédures administratives, appels d'offres… Ces sites permettront de renforcer l'implication des citoyens dans la politique en leur donnant une information plus limpide. Ceci dans l'objectif de renforcer l'état de droit et la démocratie.

(2) Une stratégie de développement des NTIC trop centralisée et orientée vers l'administration publique

Les bases de la politique nationale, jetées en 1996-97, insistaient fortement sur le rôle central du DELGI. Cette centralisation n'est plus adaptée en 2002. Trop lourde, la politique n'implique pas suffisamment le privé. Les choix stratégiques sont ensuite inadaptés car ils ne sont pas orientés vers des outils gratuits tels que les logiciels libres. Enfin, l'absence de sensibilisation du public burkinabé aux nouveaux outils de communication ne permet pas aux acteurs économiques du pays de comprendre les enjeux de sa maîtrise.

(3) L'implication de l'Etat dans les services de télécommunications classiques et dans l'accès à Internet

En 1999, les recettes téléphoniques de l'ONATEL avoisinaient cinq cent millions de francs CFA. Dans le même temps, les recettes des services Internet (connexion, abonnement, etc.) étaient estimées à plus de quatre milliard de francs CFA. Ce chiffre explique à lui seul le manque d'empressement de l'Etat à privatiser l'opérateur national.

Les investissements initiaux de l'ONATEL et la création du 1150, service de connexion au prix d'une communication locale partout sur le territoire, ont facilité l'implantation de l'internet au Burkina Faso. Mais cela a également donné naissance à une hégémonie et a instauré un environnement de concurrence déloyale puisque seul l'ONATEL fourni un accès à l'internet via ce tarif local partout dans le pays. Cet environnement handicape beaucoup le développement des services internet dans les villes secondaires. Ces dernières ne peuvent pas profiter des services des concurrents de l'ONATEL et la volonté politique semble faire défaut pour corriger cette situation inéquitable.

Le Burkina Faso fait figure de retardataire dans la sous région puisque tous ces principaux voisins ont donné aux entreprises les moyens de développer un service rentable d'accès à l'internet. En moyenne chacun de ces pays possède ainsi une dizaine de FAI.


Observons maintenant les actions internationales qui favorisent le développement des NTIC au Burkina Faso.

 

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