2. Etat des compétences techniques

a) Compétences informatiques

(1) Les compétences en entreprises

L'informatique est utilisé dans de nombreuses entreprises en 2002. Les compétences sont donc de moins en moins rares, surtout au sein des jeunes générations. Il est cependant étonnant de constater que les outils Microsoft détiennent une part très importante du marché et que les logiciels libres sont très mal maîtrisés. Ceci alors que ces derniers, de par leur gratuité notamment, conviennent nettement plus au contexte africain.

(2) Les formations universitaires, en entreprises ou pilotées par l'Etat

(a) La Délégation générale à l'informatique (DELGI)

La DELGI réalise des formations à l'intention du personnel de l'administration. Une partie importante du personnel administratif a dores et déjà été formée à l'informatique par ce biais. Joachim Tankoano et Mahamoudou Ouédraogo estiment que 20% du personnel administratif avait déjà profité d'une formation en 2001 .

D'une façon générale, si la maîtrise de l'outil informatique va en s'améliorant, la population capable d'utiliser un ordinateur reste largement minoritaire et quasi-entièrement urbaine.

(b) Une école d'encadrement : l'Ecole Supérieure d'Informatique (ESI)

L'ESI est une école d'informatique créée en 1991 sous l'impulsion de la DELGI pour assurer le développement des ressources humaines nécessaires à la mise en œuvre des plans informatiques. L'école est dirigée par Joachim Tankoano qui est également le Délégué Général à l'informatique. L'école profite donc du rôle central joué par son directeur dans la politique informatique du Burkina Faso.

L'école forme chaque année une trentaine d'ingénieurs de travaux (BAC+3), elle vient également d'ouvrir un cycle d'ingénieurs de conception (BAC+5).

L'ESI entretient par ailleurs des relations étroites avec l'université de Nancy et l'Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria) .

(c) Deux écoles privées de formation à la maintenance informatique : l'ISIG et le CEFIG

Deux écoles privées, L'Institut Supérieur en Informatique de Gestion (ISIG) et le Centre d'Etude et de Formation en Informatique et de Gestion (CEFIG) ont vu le jour récemment. Elles délivrent des BTS en informatique de gestion et en maintenance informatique.

(d) Les formations dispensés par les entreprises informatiques

Les formation pratiquées par les entreprises informatiques restent extrêmement onéreuses, voici, à titre d'illustration, les prix pratiqués par deux grandes entreprises informatiques du Burkina.

(i) Coûts pratiqués par Liptinfor

LIPTINFOR facture 3 heures de formation chez le client à 40.000 francs CFA htva, soit approximativement 50 000 francs CFA ttc, ce qui revient à près à 76 euros.
L'assistance technique chez le client est quant à elle facturée 25.000 francs CFA htva.

(ii) Coûts pratiqués par ZCP

Chez ZCP, le dernier FAI arrivé sur le marché, les trois heures d'initiation à la Messagerie et à la navigation chez le client sont facturées 36 000 francs CFA ttc.

b) Compétences en gestion des infrastructures et en télécommunication

(1) Les compétences en entreprises

(a) Les Fournisseurs d'Accès à Internet

Les FAI disposent tous d'une main d'œuvre compétente dans la gestion des infrastructures de télécommunication, c'est en effet le cœur de leur métier. Il ne nous a malheureusement pas été possible d'obtenir une estimation du nombre d'employés disposant de ces compétences.

(b) Les entreprises d'installation, de maintenance et de revente de matériels de télécommunications

Outre l'ONATEL, l'opérateur historique des télécommunications au Burkina Faso qui regroupe l'essentiel des compétences techniques, il existe environ une dizaine de fournisseurs locaux de matériels de télécommunications (câble téléphoniques, postes, répondeurs téléphoniques, télécopieurs et autres matériels d'installation).

Ces fournisseurs effectuent fréquemment des installations d'intercommunications et d'autocommutateurs privées. Ces installations ont principalement lieux dans des entreprises ou dans l'administration.

Ces petites entreprises emploient donc une main d'œuvre qualifiée dans ce domaine qui doit être comptabilisée dans le recensement des compétences en télécommunication.

(2) l'Ecole Nationale des Télécommunications

L'Office National des Télécommunication (ONATEL) dispose d'un établissement de formation professionnelle qui assure la formation initiale des cadres moyens de l'entreprise. Ce centre de formation porte le nom d'Ecole Nationale des Télécommunications.
L'école assure également la formation du personnel technique d'entreprises privées.

c) Compétences en Conception Internet

(1) Les compétences en entreprises

Les entreprises qui proposent des services de conception internet sont nombreuses et la concurrence commence à faire baisser les prix qui étaient jusque là démesurément élevés.

Cependant malgré la multiplication des entreprises, les compétences sont encore rares et sont limitées à la seule programmation. La bonne connaissance des outils graphiques semble être particulièrement peu répandue. Mais ces compétences sont-elles utiles ? Leur utilisation n'est elle pas superflue pour ce pays ? On répondrait volontiers par l'affirmative s'il s'agissait uniquement de produire du contenu à l'attention de l'Afrique, mais ce serait oublier les opportunités offertes par la sous-traitance de création multimédia au profit des pays industrialisés.

Nous reviendrons sur la nécessité de maîtriser ces compétences graphiques dans un marché mondialisé.

(2) Les formations

(a) L'Ecole Supérieure d'Informatique (ESI) : une compétence informatique applicable à la conception Internet

Le programme de l'ESI prévoit l'enseignement de nombreux langages de développement informatique.

Ces compétences, alliées à une familiarité avec les logiciels et l'informatique en général, rendent l'apprentissage des techniques de conception Internet, relativement aisé pour les diplômés. Elles sont particulièrement adaptées à la programmation de systèmes de bases de données mais elles excluent en revanche les compétences graphiques valorisées dans la communication web européenne.

(b) Le DU Communicateur multimédia du RESAFAD

L'expérimentation du Diplôme d'Université de Communicateur Multimédia a débuté en avril 1999 à l'Université de Ouagadougou. Le campus électronique RESAFAD est hébergé par le serveur de l'Université du Mans qui fournit également un service de tutorat distant. Treize personnes sont entrées en formation. Des cours ont été organisés. Devant la difficulté à identifier et recruter des intervenants locaux dans les domaines de formation concernés, ils ont été pour la plupart dispensés par le correspondant RESAFAD. Douze personnes ont été reçues. Les soutenances ont permis la présentation de projets pertinents et intéressants. Les diplômes ont été remis par l'Ambassadeur de France en juin 2000.
La réputation acquise par la formation, sur laquelle la Télévision Nationale du Burkina, a réalisé un documentaire a permi, à l'issue d'une campagne d'information menée en juin et septembre 2000, d'inscrire 40 nouveaux candidats à Ouagadougou et 20 autres à Bobo-Dioulasso en partenariat avec l'ESI de l'UPB.

Le diplôme compte un Directeur et trois responsables pédagogiques. Ces derniers ont été désignés pour encadrer les deux groupes d'étudiants inscrits à Ouagadougou et celui de Bobo-Dioulasso. Leur tâche consiste à recruter les intervenants pédagogiques, à planifier l'organisation pédagogique, à mettre en place les évaluations.

Trois assistants de formation ont également été recrutés à Ouagadougou. Deux d'entre eux sont chargés d'accueillir les usagers du centre et de veiller au bon fonctionnement quotidien du centre. La troisième est chargée de gérer la documentation et d'assurer le secrétariat de la formation.

(c) Les formations assurées par les associations oeuvrant pour le développement des TIC

Plusieurs associations effectuent des formations à l'utilisation des outils bureautique ou d'Internet. Certaines proposent également des formations à la conception de pages web. Citons par exemple le réseau Girafe-info, l'association NTBF, le club arobase ou encore Yam pukri.

d) La fuite des cerveaux

(1) La fuite des cerveaux : une pénalisation importante des pays en voie de développement

Le rapport sur le développement humain publié par le PNUD en 2001 souligne à travers l'exemple de l'Inde, les inconvénients représentés par la fuite des cerveaux pour un pays en voie de développement : " en Inde, environ 100 000 diplômés devraient ainsi bénéficier des nouveaux visas délivrés par les Etats-Unis. Les ressources consacrées par leur pays d'origine à leur formation, en pure perte, représentent 2 milliards de dollars par an. Du fait de cette fuite des cerveaux, il est plus difficile pour les pays en développement de retenir les individus essentiels à leur expansion technologique, dont les salaires s'alignent de plus en plus sur ceux du marché mondial de l'emploi ".

(2) Le cas particulier des nouvelles technologies

Selon Le Monde Interactif , le marché des nouvelles technologies provoquerait un retour des cerveaux. Les nombreuses opportunités offertes par ce marché en Afrique inciteraient de nombreux diplômés d'origine africaine partis étudier dans les pays du Nord, à revenir dans leur pays.

Le Monde interactif cite ainsi le cas du Cameroun dans lequel " la plupart des cybercafés ont été créés par des personnes ayant étudié et travaillé dans les pays du Nord ". Le journal donne également l'exemple d'Albert Kamanou, diplômé de l'Université de Louvain et retourné au Cameroun créer Global Net, un fournisseur d'accès sans fil. Ce dernier, évoquant son retour, explique " qu'il y a tout à faire et que les opportunités sont, ici, encore ouvertes ".

Cette constatation est cependant relativisée par l'organisateur du Salon Yaoundé Netcom qui affirme que " les nouvelles technologies ne suscitent pas un retour massif ".

Le secrétaire général de l'Observatoire des systèmes d'information, des réseaux et des inforoutes au Sénégal (OSIRIS) constate par ailleurs que de nombreux cadres africains de grandes sociétés occidentales, remarquent lors de leur passage au pays le manque de certains services et mènent ensuite à distance des projets d'entreprise ou des actions de développement sans se rapatrier physiquement.

(3) La diaspora au secours de l'Internet burkinabé

Heureusement pour les pays en voie de développement, la fuite des cerveaux peut par ricochet présenter quelques avantages à terme. Ainsi, dans le cas de l'Inde, le rapport du PNUD précise que " Les communautés émigrées peuvent accroître la réputation de leur pays d'origine. Le succès de la diaspora indienne dans la Silicon Valley, par exemple, semble modifier la façon dont le reste du monde perçoit l'Inde et crée une sorte de label indien. Pour un programmeur de logiciels, être de nationalité indienne est ainsi devenu un gage de qualité, à l'instar du " made in Japan " pour l'électronique grand public ".

Dans le cas précis du Burkina, on est encore loin de l'image d'experts informatiques gagnée par les ingénieurs indiens. Cependant la diaspora compte un certain nombre de personnes dynamiques et motivées par l'idée de développer les NTIC dans leur pays. Youn Sanfo et Cyriaque Paré illustrent bien ce cas de figure. Youn Sanfo est un ingénieur informatique burkinabé qui habite en France, à Caen. Il a été l'un des premiers à concevoir des applications portails sur le Burkina Faso et son site " point de rencontre " a acquis une notoriété importante dans les butineurs de la toile burkinabé. Il a plus récemment été à l'initiative de l'association NTBF pour la promotion des NTIC et des logiciels libres au Burkina Faso.

Cyriaque Paré, attaché de presse à l'ambassade du Burkina en France, illustre également ce cas de figure. Ce doctorant est à l'origine de travaux de recherche intéressant sur les nouvelles technologies et les médias, il participe également activement à toutes les listes de discussion liant l'internet et Afrique et il représente souvent la principale source d'information sur le Burkina Faso dans les groupes de discussion. Il anime en outre plusieurs sites en relation avec le Burkina dont le portail burkinet (www.burkinet.com).

Penchons nous maintenant sur l'information en relation avec le Burkina qui circule sur les inforoutes afin d'obtenir une idée précise de sa visibilité, de son niveau de développement et du type d'applications qui ont émergé de la toile burkinabé. Nous examinerons également les conditions d'hébergement de ces inforoutes et les prix pratiqués sur le marché de la conception internet.

 

 

Page précédente