B. L'internet : accès, utilisation, compétences et production de contenu

Nous avons vu que le niveau d'informatisation était faible et que la situation des télécommunications n'était pas non plus satisfaisante. Ces deux difficultés, ajoutées au difficile arbitrage entre développement technologique du pays et utilité des ressources financières apportées par l'Office National des Télécommunications, rendent les conditions de l'accès à l'internet très diverses selon les zones géographiques ; nous nous attarderons particulièrement sur le statut privilégié de la capitale. Nous observerons ensuite les pratiques des internautes et leur profil avant d'observer quelques exemple d'utilisation de l'internet dans des cadres professionnels ou associatifs.

1. Accès à l'Internet et pratiques d'utilisation

a) Les fournisseurs d'accès

(1) De nombreux FAI à Ouagadougou

Six Fournisseurs d'Accès à Internet (FAI) privés sont en concurrence à Ouagadougou. L'ONATEL, l'opérateur national de télécommunication était en situation de monopole au moment de l'ouverture de l'Internet au grand public en 1997 ; cette situation lui a permis de d'occuper une place prépondérante sur le marché dont elle a su profiter par la suite. L'entreprise nationale disposait selon Charlemagne Zannou de 3000 abonnés en 2000. Le nombre a nettement augmenté en 2002 puisque l'ONATEL affiche maintenant (selon ses déclarations) environ 4000 abonnés par RTC et loue une centaine de lignes spécialisées de 32 à 128 kbps. Elle gère également environ 8000 adresses email et héberge une centaine de sites en .bf.

Les autres FAI sont :
- le CENATRIN, entreprise d'Etat chargée de l'informatique. Elle disposait en 2000 d'environ 550 abonnés selon Charlemagne Zannou. Nous avons pu contacter au téléphone un responsable de l'entreprise qui affirme disposer actuellement de 700 abonnés Le CENATRIN ne semble donc pas avoir profité de façon conséquente de l'augmentation du nombre de connexion en 2 ans.
- LIPTINFOR, également entreprise d'informatique disposait en 2000 de 460 abonnés selon Charlemagne Zannou, le chiffre actualisé pour 2002 (déclaré au téléphone par un responsable de l'entreprise), montre une nette progression puisque l'entreprise affirme posséder actuellement près de 1000 abonnés.
- ZCP, arrivé en 2000 sur le marché, ne possédait que quelques abonnés à cette date. L'entreprise annonce en 2002 près de 250 abonnés.
- River Télécom a lancé son activité en janvier 2001 et affiche 110 abonnés en septembre 2002.
- Netaccess est le dernier arrivé sur le marché puisqu'il a lancé son activité en février 2001. Ce démarrage tardif ne lui permet pas d'afficher plus de 120 abonnés en septembre 2002.

La majorité des FAI n'envisage pas pour l'instant une implantation dans d'autres villes du Burkina. Près de 80% des lignes téléphoniques du Burkina sont exploitées à Ouagadougou, ce chiffre relativise fortement l'intérêt commercial d'une implantation dans des villes secondaires.

Enfin, il convient de ne pas oublier que la DELGI joue également le rôle de FAI pour l'administration publique et que l'ensemble des fonctionnaires bénéficient d'un accès gratuit à l'internet par son intermédiaire. Nous n'avons pas pu obtenir le chiffre exact de fonctionnaires qui profitent réellement de ce service.

(a) Le CENATRIN

Le CENATRIN propose une seule formule qui consiste en une connexion illimitée .
Cette formule est proposée au prix de 17 700 francs CFA ttc. A l'abonnement, une caution de 35 000 francs CFA est demandée ainsi que 17 700 francs CFA correspondant au premier mois de connexion. L'installation et la configuration sont gratuites.

(b) LIPTINFOR

Liptinfor propose trois formules . Aucune ne nécessite une caution ou des frais d'installation :

Formule mail :
Cette formule ne permet que l'utilisation de la messagerie. L'abonnement mensuel est de 5000 francs CFA ttc. La minute supplémentaire est facturée 20 francs CFA ttc.

Formule Surf :
Cette formule permet l'utilisation de la messagerie et du web dans la limite de 30 heures d'utilisation mensuelle. L'abonnement mensuel est de 15 000 francs CFA ttc. La minute supplémentaire est facturée 20 francs CFA ttc.

Formule illimitée :
Cette formule permet l'utilisation de la messagerie et du web avec une durée illimitée. L'abonnement mensuel est de 17 000 francs CFA ttc.

(c) ZCP

Zongo Consulting Production (ZCP) est le dernier arrivé sur le marché de l'accès Internet au Burkina Faso. Ce FAI, lancé par Sylvain Zongo amorti également sa ligne spécialisée sur une activité de cybercafé avec l'entreprise " cyberfrite " que nous évoquons dans le chapitre consacré aux cybercentres.

Selon le site web de Zcp , l'entreprise propose trois formules pour l'accès à Internet.

Formule N°1
Accès illimité : Cette formule permet d'avoir un accès sans limitation mensuelle du temps de connexion au serveur d'accès de ZCP.
Prix : 12 000 francs CFA ttc par mois.

Formule N°2
Accès illimité avec restriction de la plage d'accès. Cette formule permet d'avoir un accès sans limitation mensuelle du temps de connexion au serveur d'accès de ZCP.
Du lundi au vendredi inclus de 19h00 à 06H30.
Le WE, du samedi 12H00 au lundi à 06H30.
L'accès au réseau sera également autorisé les jours légalement fériés au Burkina.
Prix : 7 500 francs CFA ttc par mois.

Formule N°3
Formule prépayée. Accès sans abonnement à 15 francs CFA ttc la minute.
En plus de ces trois formules de connexion à Internet, ZCP propose trois autres services complémentaires en option. La redevance mensuelle de chaque option est de 2400 francs CFA ttc.
- Option N°1 : accès au détail de la connexion à Internet afin de connaître la durée cumulée d'utilisation et l'impact sur la facture téléphone à la fin du mois.
- Option N°2 : limitation du compte à l'utilisation de la messagerie et sur le site Web de ZCP.
- Option N°3 : personnalisation de la plage d'accès à Internet.

Adresses Electroniques
L'abonnement inclut une adresse email (deux pour les entreprises). La création d'un email supplémentaire est facturé 7 500 francs CFA ttc. Il n 'y a pas de redevance mensuelle.

(d) River Télécom

River Télécom propose un tarif unique de connexion à 11 000 francs CFA ttc mensuel, mais un responsable nous a affirmé qu'il s'apprêtait à ramener le prix à 10 000 francs CFA ttc.

(2) L'ONATEL avec Fasonet : le fournisseur d'accès à l'Internet en position de monopole dans tout le pays hormis la capitale

(a) Les prix pratiqués par l'ONATEL

Le site web de l'ONATEL donne les informations suivantes concernant les prix des prestations Internet de l'entreprise.

Formule 1
Formule à la durée comprenant un abonnement RTC avec une boite à lettre ( E-mail)
Création + remise en service : 13 630 francs CFA ttc
Redevance mensuelle : 6 136 francs CFA ttc.
Minute de connexion : 18 francs CFA ttc.

Formule 2
Formule forfait mensuel pour 10 heures de connexion comprenant un abonnement RTC avec une boite à lettre ( E-mail)
Création + remise en service : 13 630 francs CFA ttc
Redevance mensuelle : 10 030 francs CFA ttc
Minute de connexion supplémentaire : 12 francs CFA ttc

Formule 3
Formule forfait mensuel illimitée comprenant un abonnement RTC avec une boite à lettre (E-mail)
Création + remise en service : 21 300 francs CFA ttc
Redevance mensuelle : 17 700 francs CFA ttc

(b) La qualité du service offert par l'ONATEL

La qualité du service offert par l'ONATEL sur les connexions par RTC représente un enjeu assez important puisque, hormis à Ouagadougou, ce mode de connexion est l'unique moyen d'accéder à Internet dans le pays.

Tous les cybercafés de Bobo-dioulasso, seconde ville du Burkina Faso, utilisent par exemple le service d'accès de cette entreprise. L'impact économique de Fasonet sur ces entreprises est donc conséquent, or nous avons rencontré plusieurs patrons de cybercafés mécontents de ce service.
Les témoignages évoquent des ruptures fréquentes de connexions ou des échecs immédiatement après la réponse du serveur. Ce cas de figure est très handicapant économiquement pour les cybercafés puisque " l'entrée en connexion " avec le serveur signifie que la communication téléphonique est comptabilisée par l'ONATEL (60 francs CFA ttc forfaitaires) ; ceci alors que le serveur conclu ensuite à l'impossibilité de poursuivre la connexion avec une " entrée sur Internet ".

Le préjudice est donc triple pour un cybercafé :
- D'une part il " paye de sa poche " le forfait minimum de communication téléphonique avec le serveur malgré le fait que la connexion n'ait pas été utilisée car il ne peut pas se permettre de facturer à son client l'inefficacité du service de l'ONATEL. La multiplication de ce genre d'incident peut coûter très cher sur une longue période.
- D'autre part cet accident de connexion détériore l'image du cybercafé, ses clients ne comprenant pas toujours que l'échec de la connexion n'est pas de son fait.
- Enfin, si l'accès à Internet représente l'unique activité de l'entreprise, il n'est pas en mesure de l'exercer et ne peut donc amortir ni son matériel, ni ses locaux, ni son abonnement Internet auprès de l'ONATEL.

Ainsi, 15 jours d'observation de l'activité d'un cybercafé de Bobo-Dioulasso au cours du mois d'octobre 2001 nous a permis de constater que les connexions à l'internet pouvaient être impossibles pendant plusieurs jours consécutifs, que les tentatives de connexion répétées et inefficaces de la part des clients généraient des coûts importants pour le cybercafé et que des clients insatisfaits se rendaient ensuite dans d'autres cybercafés de la ville. Le responsable de l'entreprise nous a confirmé que cette mauvaise qualité de service était habituelle quoi qu'en cours d'amélioration depuis le début de l'année 2002.

Cette situation était déjà constatée en 2000 par Charlemagne Zannou qui notait dans son étude sur l'Internet au Burkina Faso que seuls 9% des abonnés de Fasonet jugeaient " bon " le service utilisé. Ceci alors que 100% des abonnés de LIPTINFOR et 63% des abonnés du CENATRIN étaient satisfaits de leur FAI (50% jugeait même la prestation de LIPTINFOR excellente).

Charlemagne Zannou constatait également que l'utilisation de Fasonet induisait en moyenne 16 échecs de connexion par jour. Ceci contre 2 pour LIPTNIFOR et 1 pour le CENATRIN.

b) Les points d'accès à l'Internet

(1) Les accès à domicile

Les accès à domicile sont peu fréquents. Notons que les fonctionnaires peuvent profiter d'un accès gratuit à domicile par le biais de RESINA. Cela nécessite cependant de posséder son propre matériel informatique ; or nous avons vu que ce dernier était très onéreux au Burkina.

Une importante part des accès à domicile concerne les étrangers, souvent européens, qui profitent d'un niveau de vie important et qui ont donc les moyens d'acquérir ordinateur, téléphone fixe et connexion à Internet.

(2) Les accès professionnels

Nous nous limiterons ici à donner un aperçu des principaux accès professionnels à l'internet, ce descriptif n'est pas exhaustif.

(a) Les entreprises

De nombreuses entreprises possèdent un accès à Internet par RTC, ces abonnements profitent également aux employés qui peuvent ainsi accéder gratuitement au réseau.
Il est intéressant de constater que le fournisseur d'accès à Internet ZCP propose une option qui permet de restreindre l'accès à certaines plages horaires afin de donner aux entreprises la possibilité de limiter l'utilisation d'Internet par leurs employés.

La connexion de la radio Horizon FM par une liaison spécialisée mérite d'être notée.

Les employés des cybercafés et des fournisseurs d'accès à Internet profitent également d'un accès à Internet. Les employés des FAI sont notamment particulièrement avantagés puisqu'ils peuvent utiliser un accès illimité et rapide.

(b) REFER : le réseau de la francophonie

Quatorze pays francophones dont le Burkina Faso, disposent d'un point d'accès à l'Internet par l'intermédiaire du REFER, le réseau d'édition et de diffusion, sous espace francophone de l'Internet mis en place par l'Agence francophone pour l'enseignement et la recherche.

(c) RENER : le réseau de la recherche

Trois secteurs ont été identifiés comme pôle de développement des TIC lors du premier atelier national sur les TIC organisé à Ouagadougou en 1996. Le premier de ces secteurs était la recherche. Cela a conduit à la création du réseau RENER qui relie les centres de recherche du Burkina Faso.

Un point d'accès internet par liaison spécialisée a été créé à l'Université de Ouagadougou en décembre 1997. L'ORSTOM, le SYFED et le RESAFAD sont reliés à ce point par des liaisons spécialisées.

L'Université de Ouagadougou, avec le soutien du gouvernement néerlandais, met en place un centre de ressources informatiques qui est relié par fibre optique au point d'accès RENER.

Le RENER donnait, en 2000, un accès à environ 500 personnes.

(d) RESINA : le réseau de l'administration

Le réseau informatique national de l'administration (RESINA) a été mis en place à la suite du premier atelier national sur l'internet et les autoroutes de l'information. Son centre se trouve à la Délégation Générale à l'Informatique (DELGI).

Son extension doit permettre à toute l'administration de se connecter gratuitement à l'internet. Ce réseau, réservé aux fonctionnaires, assure une bonne maîtrise des nouvelles technologies dans l'administration. Nous avons vu qu'il permet également aux fonctionnaires de se connecter depuis leur domicile s'ils sont équipés.

Chaque ministère ou département public dispose d'un sous-nom de domaine qu'il doit gérer de manière autonome. Un réseau sécurisé permettant la communication entre les différentes administrations est également prévu.

RESINA comptait en moyenne en 2000, 1200 abonnés pour 8 lignes téléphoniques .

(e) Organismes internationaux et représentations étrangères

La représentation du système des Nations-Unies dispose d'une liaison spécialisée à 64 Kbps. Celle ligne est partagée entre les délégations des différents organismes des Nations-Unis. Il en est de même pour le personnel des ambassades du Canada, des Etats-Unis et d'Allemagne. Le siège de l'UEMOA est, quant à lui, relié par une liaison spécialisée à 128 Kbps.

Au total, ces représentations offrent un accès à Internet à environ 1000 personnes.

(3) Les accès communautaires

(a) Les accès commerciaux : les cybercafés

Sylvestre Ouédraogo notait en 2000 , que la situation de l'accès à Internet était nettement différente entre Ouagodougou et les autres villes du pays. Seule la ville de Bobo-Dioulasso pouvait bénéficier d'un service proche de celui de la capitale. Alors que dans ces deux villes, les cybercafés proposent des salles comprenant de nombreux ordinateurs reliés en réseau, les accès dans les villes secondaires consistent en un unique ordinateur utilisé alternativement pour la bureautique et pour la connexion à Internet.

(i) Panorama des cybercafés

Notons que de nombreuses informations contradictoires circulent sur l'internet quant à la situation des cybercafés au Burkina Faso. Certaines excellentes initiatives comme celle de Ramata Soré, permettent d'obtenir un panorama en ligne depuis septembre 2001, malheureusement les chiffres n'ont pas été suffisamment tenus à jour et il est difficile d'obtenir des réponses de la part des cybercafés. Enfin, quand ceux-ci acceptent de participer à une enquête, les réponses sont rarement franches. Nous pensons ainsi par exemple que le nombre de clients quotidiens des cybercafés a été systématiquement sous-évalué par ces derniers. L'enquête menée par Anaïs montre ainsi une moyenne de fréquentation de 56 clients quotidiens, ce qui est bien supérieur aux déclarations que nous avons recueillies.

(a) Une multiplication des points d'accès efficaces à Ouagadougou

(i) De nombreux cybercafés

Ouagadougou, compte en 2002, une grande quantité de cybercafés qui profitent de la multiplication (toute relative) du nombre de FAI dans la capitale. Le service y est donc relativement rapide et plutôt efficace. On peut estimer qu'il existe environ une trentaine de cybercafé reliant plus de 3 machines. Les petits points d'accès de moins de 3 machines sont également nombreux.

La spécificité de l'accès à Internet dans la capitale réside dans le fait qu'il existe des centres très importants reliant souvent plus de vingt ordinateurs. On peut ainsi compter 5 cybercafés de cette taille à Ouagadougou. Par ailleurs, l'examen du nombre de clients quotidiens de ces centres (déclarés par ces mêmes centres) montre qu'il n'est pas rare que ces entreprises accueillent en moyenne plus de 50 Internautes dans une journée.

(ii) Des prix minorés grâce à des initiatives de gestion efficaces

Ouagadougou, avec ses quatre fournisseurs d'accès à Internet (FAI), bénéficie d'un service privilégié. Ce choix plus large de FAI conduit à une amélioration du service proposé par certains cybercafés.

Ainsi, Sylvain Zongo, qui avait précédemment lancé le Fournisseur d'Accès à Internet ZCP, a appliqué les principes classiques de gestion des entreprises médiatiques : il a amorti sur une autre activité les coûts fixes de location de la ligne spécialisée indispensable à un FAI. Il a dans cette logique décidé d'ouvrir un cybercafé relié par ligne spécialisée.

Le cybercafé peut ainsi profiter d'une connexion permanente et rapide à l'internet qui le dispense notamment des frais de communications téléphoniques supportés par ses concurrents et lui permet de pratiquer des tarifs inférieurs. Le cercle vertueux ainsi créé, fait de son point d'accès, l'un des plus profitables de Ouagadougou.

En outre, Sylvain Zongo a eu l'idée de coupler son service d'accès à Internet à une restauration de frites. Le concept ainsi créé, appelé " cyberfrites " , a permis d'attirer l'attention des médias dès le commencement du projet.

(iii) La multiplication des lignes spécialisées

Notre enquête a fait apparaître que de plus en plus de cybercafés bénéficient d'une ligne spécialisée, cela est en premier lieu profitable aux internautes qui peuvent ainsi bénéficier d'un accès plus rapide et plus confortable. L'exemple de Cyberfrite, que nous venons d'évoquer, illustre l'avantage ainsi offert aux internautes de la capitale.

Ainsi, l'enquête effectuée en collaboration avec Issaka Campaoré a permis de recenser 6 cybercafés disposant d'une ligne spécialisée à Ouagadougou.

(b) Les difficultés d'obtenir un service stable à Bobo-Dioulasso malgré une situation privilégié

Le service d'accès à Bobo-Dioulasso, deuxième ville du pays, est loin d'être aussi efficace que celui de Ouagadougou. La ville de Bobo-Dioulasso est notamment très désavantagée par l'absence de concurrence entre FAI. L'ONATEL est l'unique opérateur d'accès à Internet et le service offert est relativement chaotique. Les cybercafés en souffrent ainsi que les Internautes.

Il est fréquent de subir une interruption de service de plusieurs jours et la connexion est assez instable.

Bobo-Dioulasso reste néanmoins plutôt avantagé au regard de la situation des autres villes du Burkina Faso. En effet, la ville compte près une dizaine de cybercafés mais également de nombreux petits secrétariats publiques qui offre aussi ce service de manière occasionnelle, leur nombre est difficile à évaluer. La ville de Bobo-Dioulasso possède en outre son propre nœud de connexion à l'internet.

Notre enquête a fait apparaître que les cybercentres disposent souvent de plus de 10 ordinateurs connectés. Elle nous a également permis de noter que mis à part AMC, BI/PSI et Yamnet tous les autres cybers sont situés à moins de 1000 m du grands marché.

Cybercentre
Nb d'ordi connectés
Info-élec
14
Espace internaute
10
Cisplus
12
Syanet
11
SOGECI
5
Yamnet
4
BIG
7
BI/PSI
10
AMC
4
Multicom
NC

(c) Le difficile désenclavement des zones urbaines secondaires et la totale absence de service en brousse

Les autres grandes villes du Burkina Faso disposent d'accès aux inforoutes beaucoup moins efficaces, les cybercafés sont rares à Banfora, Ouahigouya, Koudougou et Kaya.

Le cas de Ouahigouya reflète relativement bien la situation de ces villes secondaires. La ville n'avait encore aucun Cybercentre à l'été 2000. Quatre ont ouvert leur porte entre cette date et l'été 2001. Le premier, alpha presse, a lancé son service à la fin de l'année 2000 avec un cybercafé reliant deux machines entre elles. Trois autres points d'accès ont suivis au cours de l'année, Cybercenter ouvrant en Juin 2001 avec 5 postes connectés. Espace Internaute, dernier arrivé lançant le même service dans 6 autres localités au cours de la même année .

En moyenne, chacune de ces villes secondaires disposent de 5 ou 6 cybercafés. Les connexions sont obligatoirement effectuées via l'offre d'accès de l'ONATEL. Effectivement, l'opérateur national se réserve le monopole de l'utilisation d'un numéro de connexion spécial qui autorise la facturation d'une connexion entre tous points du pays et le nœud de Ouagadougou au prix d'une communication locale.

Les villes précitées ainsi que le reste du territoire sont donc comme Bobo-Dioulasso, soumis aux aléas de l'offre d'accès Fasonet.

Dans les villes de troisième ordre et dans les campagnes, la situation de l'accès à Internet tient plus de l'anecdotique. Les connexions publiques existent mais sont le fait de mini-opérateurs (un seul ordinateur connecté) et sont souvent associées à une action de développement ou à l'intervention d'une quelconque ONG.

(ii) Prix pratiqués

(a) Prix pratiqués selon l'enquête menée par Ramata Soré et diffusée sur le site du RESAFAD

(i) Prix pratiqués à Ouagadougou

Voici quelques exemples des prix pratiqués dans les cybercafés ouagalais selon une enquête réalisée par Ramata Soré, stagiaire du RESAFAD en septembre 2001 :

Nom du cybercentre
Quartier
Tarif au 1/4d'heure
Datakunskap
Zogona
500f cfa
Yame's service
1200 Lgmts
600 f cfa
Acotour-sarl
1200 Lgmts
500 f cfa
Télé Ent LTD
Zogona
600 f cfa
BTF
Zogona
750 f cfa
Géneral B. 2000
1200 Lgmts
700 f cfa
GTC
Cité An III
750 f cfa
Ile
1200 Lgmts
500 f cfa

(ii) Prix pratiqués à Bobo-Dioulasso

Voici, selon la même étude, une illustration des prix pratiqués dans les cybercafés Bobolais. On peut constater que les prix étaient légèrement supérieurs en moyenne aux prix pratiqués à Ouagadougou.

Nom du cybercentre
Quartier
Tarif au 1/4d'heure
ASM
Centre ville-sect 1
1000f cfa
Multicom
Centre ville-sect 1
1500 f cfa
Cyber Net
Centre ville-sect 1
750 f cfa
Télécentre Jonathan
Centre ville-sect 1
750 f cfa
ISTEL
Diarradougou
750 f cfa
InfoElec
Centre ville-sect 1
750 f cfa
Sya Télécom
Faragan -sect 1
750 f cfa
ABC
Skasso-cira
750 f cfa

(b) Les prix à l'été 2002

Les prix ont considérablement diminué en deux ans. Au regard de notre enquête, réalisée de juin à septembre 2002, il semblerait que les prix aient été réduits en moyenne de moitié.

(i) Les prix pratiqués à Ouagadougou

Nous avons constaté les prix suivants à Ouagadougou :

(ii) Les prix pratiqués à Bobo-Dioulasso

Notre enquête a montré la pratique des prix moyens suivants à Bobo-Dioulasso : la minute est facturée en moyenne 40 francs CFA ttc, la demi-heure coûte entre 700 et 500 francs CFA ttc, l'heure varie entre 1200 et 1000 francs CFA. Les prix correspondent donc globalement à ceux pratiqués à Ouagadougou.

Notre enquêteur sur place constate par ailleurs que l'heure était encore récemment facturée 2000 francs CFA et la minute à 50 francs CFA. La chute des prix est principalement due selon ce dernier (lui même patron de cybercafé) à l'amélioration du service de l'ONATEL et à la multiplication des cybercafés qui engendre une concurrence bienfaisante pour les internautes.

(b) Les accès non commerciaux, associatifs ou subventionnés

(i) Le centre d'accès Yam Net

Le centre d'accès à l'internet YamNet que l'association Yam Pukri à ouvert à Ouagadougou dispose de plusieurs ordinateurs, connectés à l'internet par modem. Notons que l'association a également récemment ouvert un centre à Bobo-Dioulasso.

(ii) Les Centres Municipaux Multimédias

Cinq centres municipaux multimédias ont été ouverts par la municipalité de Ouagadougou depuis février 1999. Cette opération, à l'initiative de la marie de Ouagadougou et de l'Association internationale des maires francophones, a permis d'ouvrir un premier centre en février 1999 avec 8 machines et une ligne spécialisée à 64 Kbps. Le second a ouvert en mai 2000 et compte 16 machines et une Liaison Spécialisée (LS) à 128 Kbps.

Chaque centre accueille en moyenne 600 enfants par an et leur permet de bénéficier d'une sensibilisation à l'internet et aux outils de bureautique (Word, Excel, Windows). Des formations accélérées ont également lieu chaque été pour les élèves qui étudient à l'extérieur de Ouagadougou.

Le projet n'est évidemment pas rentable en terme économique et ne peut vivre que grâce à l'appui de la commune de Ouagadougou.

Le choix de la sensibilisation aux outils Microsoft est cependant controversé. En effet, ces outils sont chers. Des logiciels libres permettraient selon certains de mieux investir l'argent consacré à l'informatique et aux télécommunications au Burkina Faso.

(iii) Le Centre d'Information sur la Recherche et le Développement (CIRD)

Le Centre d'Information sur la Recherche et le Développement (CIRD) a été créé en décembre 2000 après la fusion des fonds documentaires du Centre de Coopération Internationale en Recherche Agronomique (CIRAD), du Centre d'Information sur le Développement (CID) du Centre Culturel Georges Méliès et de l'Institut de Recherche pour le Développement (IRD).

En plus d'un accès à de nombreux cédéroms, le centre offre une salle Multimédia avec un réseau de 10 ordinateurs connectés à l'internet

c) Les Internautes

(1) Leur nombre

A la fin du mois de décembre 1997, soit à peine 9 mois après l'ouverture du réseau au grand public, le nombre de machines connectées à l'internet était estimé à 900 par l'ONATEL. Le nombre d'utilisateurs était estimé à plus de 2000. En janvier 2000, le Burkina Faso disposait d'environ 4000 abonnements par le biais de FAI privés.

En 2002, le nombre d'abonnements commerciaux à Internet est d'environ 6000 mais cela ne reflète en aucune façon le nombre d'internautes. Aucune estimation du nombre d'Internautes burkinabé en 2002 n'existe à ce jour. Nous ne nous risquerons pas à tenter une évaluation. Cette opération est en effet très délicate puisque l'accès à l'internet est, nous l'avons vu, principalement public et partagé. Seul un recensement de population ou une enquête à très grande échelle permettrait donc de donner une estimation précise de ce chiffre.

(2) Les profils des Internautes burkinabé

(a) L'étude publiée par Sylvestre Ouédraogo en septembre 2000

Une étude publiée en septembre 2000 par Sylvestre Ouédraogo, professeur de l'Université de Ouagadougou tentait de dresser un portrait des internautes burkinabé et de leurs pratiques.

Cette étude qui portait sur un échantillon de 211 cas, montrait les caractéristiques suivantes :
- Les internautes interrogés étaient principalement des hommes (68,7%)
- La majorité des internautes (46,9%) avaient entre 20 et 25 ans. Seuls 5,3% des internautes avaient plus de 30 ans.
- 28, 6% avaient suivi des études de second cycle et 27, 6% des études de premier cycle universitaire. Notons également que 19,4% des Internautes avaient un niveau de Maîtrise.
- 72,5% de la population concernée était étudiante (48,3%) ou élève.
- Sur cette population, près de la moitié affirmait utiliser l'internet depuis plus de 24 mois, c'est à dire avant 1998, contre 23,7% qui disait ne se connecter que depuis moins de 6 mois.

(b) Les résultats de notre étude menée de mai à Septembre 2002

(i) Méthodologie

L'enquête regroupe un échantillon de 100 personnes et a été menée par deux canaux distincts :
- 50 personnes ont été interrogées à Ouagadougou par Monsieur Issaka Campaoré qui a collaboré bénévolement à cette étude. Cette enquête a été menée dans différents centres d'accès à Internet afin d'assurer une représentativité maximale de l'échantillon. Ainsi, les enquêtés ont été interrogés dans des services publics, des camps militaires, des églises, des banques, des universités et des Cybercentres. L'enquêteur a également veillé à interroger un échantillon le plus représentatif possible des personnes remarquées dans les cybercafés.

- 50 autres personnes ont répondu à un questionnaire apparaissant en ligne sur le site www.bobodioulasso.net. Ces personnes, toutes burkinabé, proviennent donc d'horizons plus divers.

(ii) Résultats

(a) Sexe, âge

La majorité des enquêtés étaient des hommes, les femmes représentent 20% de l'échantillon ; il est d'ailleurs intéressant de noter qu'elles n'ont représenté que 14% des réponses obtenues via le formulaire en ligne.

L'âge moyen constaté est légèrement supérieur à 28 ans. La répartition des sondés selon leur tranche d'âge donne les résultats suivants :
- 6% inférieur à 20 ans
- 52% entre 20 et 30 ans
- 25% entre 30 et 40 ans
- 4% entre 40 et 50 ans
- 3% supérieur à 50 ans

(b) Activité et niveau scolaire

Nous avons pu constater que les Internautes burkinabé sont beaucoup plus diplômés que la moyenne. Ainsi, sur la population enquêtée, nous avons pu relever la répartition suivante :
- 5 ont un niveau d'étude de Collège
- 19 ont un niveau de Lycée
- 28 ont un niveau de premier cycle universitaire
- 27 ont un niveau de deuxième cycle universitaire
- 13 ont un niveau de troisième cycle universitaire
- 8 personnes n'ont pas répondu à cette question

Statut des sondés :
- 10 sont des élèves de collège ou de lycée
- 20 sont des étudiants
- 23 sont des fonctionnaires
- 11 sont des libéraux ou patrons d'entreprises
- 6 en recherche d'emploi
- 25 sont des salariés d'entreprises
- 5 personnes n'ont pas répondu à cette question

Leur domaine d'activité est large, on peut noter un éparpillement des réponses, nous avons cependant pu noter
- 3 commerçants
- 5 financiers
- 10 informaticiens
- 6 inspecteurs du Trésor (nous craignons d'avoir un peu sur-représenté cette catégorie)
- 3 concepteurs internet
- 2 secrétaires
- 2 comptables
- 2 militaires

(c) Antériorité de l'usage de l'Internet

La découverte de l'internet est en moyenne relativement récente, la majorité des internautes burkinabé (64%) le sont devenus depuis l'année 2000 :
- 4 personnes connectées avant 1997
- 6 personnes connectées depuis 1997
- 5 personnes connectées depuis 1998
- 19 personnes connectées depuis 1999
- 27 personnes connectées depuis 2000
- 16 personnes connectées depuis 2001
- 18 personnes connectées depuis 2002
- 5 personnes n'ont pas répondu à cette question

Cette information sur la faible antériorité de la découverte de l'internet, démontre la nécessité de cette étude sur la population des internautes burkinabé. Effectivement, la plupart des études menées, bien qu'excellentes, dataient de l'année 2000.

(3) Les pratiques des internautes burkinabé

(a) Constatations effectuées par Sylvain Zongo, responsable du fournisseur d'accès à Internet Zongo Consulting and Production (ZCP) et de "cyberfrites" en 1999


Sylvain Zongo, le patron du fournisseur d'accès ZCP et du cybercafé " cyberfrite ", estimait en 1999 qu'environ 80% des connexions effectuées dans son cybercafé, concernaient le " cyber-romantisme ". Il estimait même que de nombreuses clientes de " cyberfrites " vivaient de leurs charmes sur le web.

Plus généralement, Sylvain Zongo précisait que la majeure partie des connexions en journée était le fait d'étudiants qui recherchaient avant tout le " dating " (rencontre en ligne) via le web et le chat (discussion en temps réel). En revanche, les soirées étaient plutôt consacrées au courrier électronique.

Ce témoignage d'un patron de cybercafé est intéressant car il résulte d'une constatation de visu qui n'est donc pas biaisée par les déclarations des enquêtés qui sont soumis au regard de l'enquêteur et n'osent sans doute pas avouer le type de pratiques décrites par Monsieur Zongo.

(b) Les études publiées en 2000

(i) L'étude de Charlemagne Zannou

L'étude menée par Charlemagne Zannou pour le compte du Réseau d'Information et de Formation sur le Développement (RIFOD) aborde les pratiques des internautes dans le cadre des ONG et des associations. Cette étude, publiée en 2000, montre que dans le milieu associatif, l'Internet est utilisé prioritairement pour l'échange de courriers électroniques.

Ainsi, l'auteur soulignait-il à l'époque que dans ce milieu, le courrier électronique était le service le plus utilisé dans 100% des cas. L'auteur se penchant ensuite sur la navigation sur la toile constatait qu'elle était pratiquée par 97% des internautes.

Dans la grande majorité des cas, les adresses des sites visités étaient connues par le biais du bouche à oreille ou parce qu'un support écrit en avait fait la promotion. L'utilisation des moteurs de recherche était extrêmement rare. Seul 11% des personnes interrogées utilisaient un moteur ou un annuaire pour identifier des sites.

Les domaines de recherche sur l'internet étaient les suivants :
1. L'agriculture, l'élevage et l'environnement ( 97%) ;
2. L'éducation (40%) ;
3. Les sciences et techniques ( 35%) ;
4. La santé ( 32%) ;
5. L'informatique et bureautique ( 23%) ;
6. La culture ( 22%) ;
7. La politique ( 15%) ;
8. Le commerce (12%) ;
9. Les loisirs et voyages (4%) ;
10. Autres domaines ( 7%).

Le RIFOD notait également que les services tels que le chat, les newsgroups, les visioconférences et autres services connexes n'étaient connus que par une minorité d'internautes et n'étaient pratiquement pas utilisés.

Enfin, d'une façon générale, la totalité des internautes estimait que le contenu trouvé sur la toile ne correspondait pas à ses attentes. Soit parce que le contenu était en anglais, soit parce les données consultées n'étaient pas spécifiques au Burkina.

(ii) L'étude de Sylvestre Ouédraogo

L'étude menée par Sylvestre Ouédraogo s'attardait moins sur les pratiques proprement dîtes mais plutôt sur les bénéfices ressentis et sur les obstacles rencontrés.

Nous apprenions ainsi que le principal avantage ressenti sur le plan privé concernait le renforcement des relations personnelles qui était exprimé dans près de 70% des cas. Cela confirmait le statut de vedette du courrier électronique dans l'internet burkinabé.

Les bénéfices cités ensuite dans une bien moindre mesure, étaient l'amoindrissement des coûts financiers, la facilité pour s'informer et l'épanouissement personnel.

L'auteur s'intéressait ensuite aux bénéfices ressentis sur le plan professionnel. L'amélioration dans la recherche arrivait alors nettement en tête avec près de 50% des réponses. Venaient ensuite la facilité de communication dans le domaine professionnel, l'inscription dans les écoles et l'obtention de bourses et le choix accru des consommateurs.

Sylvestre Ouédraogo note que d'une façon générale, dans le milieu professionnel, le courrier électronique remplace progressivement la télécopie et le téléphone, plus coûteux à utiliser. L'auteur notait ainsi qu'une " page de fax à envoyer en France coûte en 2 000 FCFA soit 20 FF. Il est possible d'envoyer un document de plus de 200 pages par fichier attaché et cela ne vous coûtera pas plus de 500 FCFA soit 5FF à Yam Pukri par exemple.
Le coût d'équipement en matériel Fax est aussi élevé et il faut disposer d'une ligne téléphonique et payer des coûts fixes mensuels en plus ".

Enfin, dans les inconvénients rencontrés dans la recherche d'information, le coût important de la navigation sur la toile était cité en premier lieu par plus de 30% des internautes, le manque de maîtrise de l'anglais arrivant en deuxième position. Notons, que plus généralement, la majorité des Internautes déclaraient être confrontés à de nombreux problèmes (37.6%).

Il est intéressant de constater qu'une nouvelle fois, le manque de contenu francophone sur la toile était cité par une importante quantité d'utilisateurs.

(iii) L'étude de Aicha Tamboura

Aicha Tamboura a mené en 1999-2000 une étude centrée sur les femmes internautes au Burkina Faso . Il en ressortait les informations suivantes.

Aicha Tamboura notait tout d'abord que l'information sur les différentes possibilités de l'Internet se limitait souvent au courrier électronique (41,8%) et à la navigation sur le web (38,8%). La connaissance des forums de discussion était rare (7,1%) et 54% avait émis le souhait de pouvoir les fréquenter après que leur existence leur ait été révélée.

Les femmes interrogées utilisaient plus l'internet dans le cadre professionnel que pour des besoins personnels. Les principaux domaines qui faisaient l'objet de recherche d'informations sur l'internet par ordre d'importance étaient :
1. La culture, 40%
2. Le commerce, 20%
3. Les sciences, 15%
4. L'éducation, 10%

Les avantages de l'Internet constatés par les utilisatrices interrogées étaient les suivants :
1. Gain de temps : 36,6%
2. Efficacité : 26,7%
3. Economie budget : 26,7%

Les inconvénients étaient :
1. Les virus : 22,6%
2. Les problèmes de maintenance : 12,9%
3. Le coût : 12,9%
4. La non confidentialité : 9,7%
5. Les problèmes de connexion : 6,5%

Enfin, malgré les difficultés et les contraintes soulignées, le taux de satisfaction des utilisateurs restait très élevé, 85%.

(c) Les résultats de notre enquête menée de mai à septembre 2002

(a) Des spécificités féminines

Il apparaît tout d'abord que notre échantillon comprend 20 femmes sur 100 personnes interrogées. Il est intéressant de noter que seules 7 femmes ont participé au sondage en ligne. Nous ne savons quelles interprétations peuvent être données à cette constatation. Les femmes burkinabé sont-elles moins attirées que les hommes par un site qui, tel bobodioulasso.net, présente une ville de leur pays ? Ou ne souhaitent-elle tout simplement pas, pour une raison quelconque (discrétion ?), répondre à des sondages en ligne ?

L'étude publiée par le réseau Anaïs sur l'internet et les femmes burkinabé, souligne également des spécificités féminines. Ainsi, le réseau montre que les femmes sont plus nombreuses dans les grands cybercentres dans lesquels elles peuvent représenter jusqu'à 25% des Internautes. Leur présence dans les petits centres est en revanche beaucoup plus rare.

Notre enquêteur à Ouagadougou a également constaté que les femmes souhaitaient beaucoup plus rarement communiquer des informations personnelles telles que l'adresse de courrier électronique.

(b) Lieu de connexion

Sur l'ensemble des sondés, nous avons pu constater qu'une écrasante majorité des internautes se connectaient dans les cybercafés. Ils représentent le lieu de connexion pour 68% des internautes sondés ayant exprimé une réponse. Vient ensuite le lieu de travail qui représente une part importante des connexions, notamment semble-t-il pour les salariés de l'administration.
- 65 personnes se connectent dans les cybercafés
- 20 personnes se connectent à leur travail
- 10 sondés se connectent à leur domicile
- 3 se connectent à un autre endroit (notre sondage en ligne limitait la liste de réponse)
- 2 n'ont pas répondu à cette question


(c) Fréquence et durée de connexion

Les fréquences de connexion sont relativement bien étalées, on peut observer une répartition des internautes en trois grandes masses :
- 27 personnes se connectent une fois par mois ou moins
- 37 personnes se connectent une fois par semaine environ
- 33 personnes se connectent une fois par jour ou plus
- 3 personnes n'ont pas répondu à cette question

A chaque connexion, les internautes restent un temps relativement important devant l'ordinateur puisqu'on peut constater qu'ils sont 75% des sondés (à avoir répondu) à passer plus de trente minutes devant la machine :
- 3 se connectent en moyenne 5 minutes
- 19 se connectent en moyenne 10 minutes
- 30 se connectent en moyenne 30 minutes
- 38 se connectent en moyenne 1 heure ou plus
- 10 n'ont pas répondu à cette question

Notons que 19 internautes affirment se connecter au moins une heure chaque jour. Cette sous-population qui constitue la crème des internautes burkinabé est principalement connecté à domicile ou au travail.

(d) Services utilisés

51% des sondés citent le mail comme utilisation principale de l'internet. Les autres réponses sont très diverses. Notons par exemple la recherche d'information, les rencontres ou encore la recherche de cours en relation avec l'université (cité par 6 étudiants en utilisation principale et 6 autres en utilisation secondaire). Il est intéressant de noter que l'internet rempli déjà en partie son rôle de bibliothèque universelle pour les étudiants burkinabé.


d) Quelques exemples d'utilisation de l'internet dans un cadre professionnel ou associatif

Examinons maintenant quelques exemples d'utilisation de l'internet dans des cadres professionnels ou associatifs burkinabé.

(1) DEVENET : des cédéroms et un site


Le Réseau d'Information et de formation sur le développement (RIFOD) a lancé le projet DEVENET. Celui-ci offre de l'information sur les acquis de la recherche liés au développement durable. Cette information est publiée sur des supports multimédias (cdroms, site web) à l'intention des professionnels du développement.

L'objectif du projet est de faciliter l'accès aux connaissances et la communication entre les membres du réseau intervenant dans le développement durable.

Le site devenet.org regroupe notamment de nombreuses ressources sur l'environnement, l'agriculture ou encore l'élevage.

(2) L'utilisation de l'internet dans une association de Pô

Le site afridev.net évoque le cas de l'ONG Agir pour le Développement (APD), association qui a de nombreux champs d'action :
- la préservation de l'environnement ;
- l'animation de " causeries-débats " entre les différentes classes sociales (jeunes, femmes, hommes) ;
- l'organisation d'ateliers de formation sur les mouvements associatifs et sur les produits locaux (beurre de karité) ou encore l'apprentissage des techniques de recherche de marché ;

L'APD travaille aussi à la valorisation des produits de la cueillette et de certains produits oléagineux. A ce titre elle fonctionne comme une coopérative de commercialisation : elle collecte les produits et recherche des marchés prometteurs.

Cette dernière activité l'a motivée à vouloir utiliser Internet dans ses recherches de partenaires pour écouler sa production de beurre de karité. La secrétaire exécutive de l'association utilise l'internet depuis 1999 et s'en sert principalement pour la messagerie électronique. Au siège social de l'association, à Pô, l'unique ordinateur est utilisé pour le traitement de texte et ne dispose pas de connexion à Internet. La connexion n'était en 2000 possible qu'à Ouagadougou, ville dans laquelle la secrétaire ne se rendait en moyenne que deux fois par mois. Une personne relevait et imprimait donc pour elle les messages reçus.

Le même système était mis en place pour la réponse : la secrétaire remettait sur papier les messages à envoyer à une connaissance se rendant à Ouagadougou ; celle-ci le transmettait à son tour à la coordonnatrice du centre d'accès Internet ; cette dernière se chargeant de l'envoyer.

Les voyages à Ouagadougou représentaient pour la secrétaire exécutive des occasions de surfer sur les sites des associations qui traitent de la formation et de l'éducation. Elle recherchait également le cours des matières grasses (cacao) pour fixer le prix de son beurre de karité. Elle suivait particulièrement le grand marché qui s'ouvre aux pays producteurs de beurre de karité avec la possibilité que le beurre de karité soit introduit dans la fabrication du chocolat. Elle recherchait enfin les normes internationales pour les produits gras.

Les informations trouvées sur le web lui évitaient de se rendre régulièrement à la chambre de commerce du Burkina Faso pour se renseigner sur les opportunités d'affaires sur le marché international. ADN souhaiterait réaliser un site pour mettre en valeur les actions qu'elle entreprend à ce niveau mais ne dispose pas actuellement de ressources financières suffisantes pour sa création et son hébergement. L'absence de connexion à l'internet dans les provinces du Burkina Faso est un frein aux activités des différentes associations qui s'y trouvent.

(3) L'utilisation de l'internet par une entreprise informatique

AGI PLUS, comme beaucoup d'autres entreprises d'informatique du Burkina Faso visite les sites Internet qui proposent du matériel informatique afin de comparer les produits proposés par les fournisseurs avant de passer commande. Elle lance aussi ses commandes par virement bancaire. Elle compare les coûts de livraison et les modes de paiements. L'internet lui permet de proposer à ses clients des coûts compétitifs.
Si AGI PLUS se sert de l'internet pour passer ses commandes, elle ne dispose pas encore de site web pour présenter son entreprise et ses produits à sa clientèle.

Pour d'autres entreprises informatiques, l'absence de carte bancaire rend impossible le commerce électronique. Citons par exemple, le cas de l'entreprise Bureautique Informatique Gestion (BIG) qui ne possède pas de carte bancaire et qui doit donc faire appel à des relations en Europe pour pouvoir acheter le matériel qu'elle revend ensuite au Burkina.

(4) L'utilisation du courrier électronique pour favoriser les échanges dans le cadre d'un jumelage franco-burkinabé

La ville de Vendôme en France et celle de Boulsa au Burkina, sont jumelées depuis 1992. Un programme d'équipement en informatique et en télécommunication a été mis en place en 1999 afin de faciliter les communications entre les deux partenaires. Ce nouvel équipement a permis de développer des contacts plus fréquents et de réduire les temps de réaction ainsi que les coûts de télécommunication. Le courrier électronique a permis par exemple de préparer le voyage des jeunes de Vendôme à Boulsa.

Le matériel, un ordinateur d'occasion, a été acheminé de Vendôme à la Maison des Jeunes et de la Culture à Boulsa. La connexion a nécessité l'installation d'une ligne téléphonique (106 euros) et un abonnement (15 euros/mois pour 10 heures de connexion). Elle a été possible car le local de Boulsa dispose d'un groupe électrogène.

Ce projet a représenté un investissement considérable au regard du budget dont dispose la ville de Boulsa : 45 000 euros. La ville de Vendôme intervient à hauteur d'un tiers de ce budget. Ce coût semble un peu disproportionné par rapport aux avantages apportés. Certes, le projet a permis la diffusion des NTIC dans une zone rurale. Mais des inconvénients apparaissent sur la durée :
- Seules quelques personnes ont accès à l'ordinateur à Boulsa, ce qui leur confère un certain pouvoir dont elles sont susceptibles d'abuser.
- L'absence de techniciens informatiques rend les moindres dysfonctionnements très vite problématiques. Une difficulté informatique a été dépannée par téléphone, d'autres problèmes ont nécessité l'intervention d'une personne extérieure. Le manque de formation des usagers - seules deux personnes connaissent l 'utilisation du matériel - ne permet pas une utilisation optimale

(5) L'utilisation de l'internet par le Centre Muraz de Bobo-Dioulasso

Le Centre Muraz est un centre de recherche médicale. Le centre comprend environ une trentaine de chercheurs. Il est connecté à l'internet depuis 1997, date de l'arrivée de l'internet à Bobo-dioulasso. Le centre dispose d'un parc informatique d'une quarantaine de machines dont près de la moitié est reliée à Internet.

Les chercheurs utilisent l'internet pour obtenir des informations dans le domaine de la santé. Le courrier électronique est également très utilisé pour des échanges avec les chercheurs des pays partenaires.

Le centre Muraz dispose également d'un site web créé en 1997 par un Coopérant du Service National (CSN) français, gestionnaire du centre.

Ce panorama de l'accès à l'internet et de l'utilisation de cet outil au Burkina Faso doit maintenant être complété par un aperçu des compétences et des formations dispensées dans les domaines de l'informatique, des télécommunications et de l'internet. Nous nous attarderons ensuite sur le problème de la fuite des cerveaux mais également sur les bienfaits que peuvent apporter au pays, les compétences acquises par des expatriés qui sont parfois les moteurs de l'internet burkinabé.

 

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