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B. L'internet : accès, utilisation, compétences et production de contenu Nous avons vu que le niveau d'informatisation était faible et que la situation des télécommunications n'était pas non plus satisfaisante. Ces deux difficultés, ajoutées au difficile arbitrage entre développement technologique du pays et utilité des ressources financières apportées par l'Office National des Télécommunications, rendent les conditions de l'accès à l'internet très diverses selon les zones géographiques ; nous nous attarderons particulièrement sur le statut privilégié de la capitale. Nous observerons ensuite les pratiques des internautes et leur profil avant d'observer quelques exemple d'utilisation de l'internet dans des cadres professionnels ou associatifs.
Six Fournisseurs d'Accès à Internet (FAI) privés sont en concurrence à Ouagadougou. L'ONATEL, l'opérateur national de télécommunication était en situation de monopole au moment de l'ouverture de l'Internet au grand public en 1997 ; cette situation lui a permis de d'occuper une place prépondérante sur le marché dont elle a su profiter par la suite. L'entreprise nationale disposait selon Charlemagne Zannou de 3000 abonnés en 2000. Le nombre a nettement augmenté en 2002 puisque l'ONATEL affiche maintenant (selon ses déclarations) environ 4000 abonnés par RTC et loue une centaine de lignes spécialisées de 32 à 128 kbps. Elle gère également environ 8000 adresses email et héberge une centaine de sites en .bf. Les autres FAI sont : La majorité des FAI n'envisage pas pour l'instant une implantation dans d'autres villes du Burkina. Près de 80% des lignes téléphoniques du Burkina sont exploitées à Ouagadougou, ce chiffre relativise fortement l'intérêt commercial d'une implantation dans des villes secondaires. Enfin, il convient de ne pas oublier que la DELGI joue également le rôle de FAI pour l'administration publique et que l'ensemble des fonctionnaires bénéficient d'un accès gratuit à l'internet par son intermédiaire. Nous n'avons pas pu obtenir le chiffre exact de fonctionnaires qui profitent réellement de ce service.
Le CENATRIN propose une seule formule qui consiste en une
connexion illimitée .
Liptinfor propose trois formules . Aucune ne nécessite une caution ou des frais d'installation : Formule mail : Formule Surf : Formule illimitée :
Zongo Consulting Production (ZCP) est le dernier arrivé sur le marché de l'accès Internet au Burkina Faso. Ce FAI, lancé par Sylvain Zongo amorti également sa ligne spécialisée sur une activité de cybercafé avec l'entreprise " cyberfrite " que nous évoquons dans le chapitre consacré aux cybercentres. Selon le site web de Zcp , l'entreprise propose trois formules pour l'accès à Internet. Formule N°1 Formule N°2 Formule N°3 Adresses Electroniques
River Télécom propose un tarif unique de connexion à 11 000 francs CFA ttc mensuel, mais un responsable nous a affirmé qu'il s'apprêtait à ramener le prix à 10 000 francs CFA ttc.
Le site web de l'ONATEL donne les informations suivantes concernant les prix des prestations Internet de l'entreprise. Formule 1 Formule 2 Formule 3
La qualité du service offert par l'ONATEL sur les connexions par RTC représente un enjeu assez important puisque, hormis à Ouagadougou, ce mode de connexion est l'unique moyen d'accéder à Internet dans le pays. Tous les cybercafés de Bobo-dioulasso, seconde ville
du Burkina Faso, utilisent par exemple le service d'accès de cette
entreprise. L'impact économique de Fasonet sur ces entreprises
est donc conséquent, or nous avons rencontré plusieurs patrons
de cybercafés mécontents de ce service. Le préjudice est donc triple pour un cybercafé
: Ainsi, 15 jours d'observation de l'activité d'un cybercafé de Bobo-Dioulasso au cours du mois d'octobre 2001 nous a permis de constater que les connexions à l'internet pouvaient être impossibles pendant plusieurs jours consécutifs, que les tentatives de connexion répétées et inefficaces de la part des clients généraient des coûts importants pour le cybercafé et que des clients insatisfaits se rendaient ensuite dans d'autres cybercafés de la ville. Le responsable de l'entreprise nous a confirmé que cette mauvaise qualité de service était habituelle quoi qu'en cours d'amélioration depuis le début de l'année 2002. Cette situation était déjà constatée en 2000 par Charlemagne Zannou qui notait dans son étude sur l'Internet au Burkina Faso que seuls 9% des abonnés de Fasonet jugeaient " bon " le service utilisé. Ceci alors que 100% des abonnés de LIPTINFOR et 63% des abonnés du CENATRIN étaient satisfaits de leur FAI (50% jugeait même la prestation de LIPTINFOR excellente). Charlemagne Zannou constatait également que l'utilisation de Fasonet induisait en moyenne 16 échecs de connexion par jour. Ceci contre 2 pour LIPTNIFOR et 1 pour le CENATRIN.
Les accès à domicile sont peu fréquents. Notons que les fonctionnaires peuvent profiter d'un accès gratuit à domicile par le biais de RESINA. Cela nécessite cependant de posséder son propre matériel informatique ; or nous avons vu que ce dernier était très onéreux au Burkina. Une importante part des accès à domicile concerne les étrangers, souvent européens, qui profitent d'un niveau de vie important et qui ont donc les moyens d'acquérir ordinateur, téléphone fixe et connexion à Internet.
Nous nous limiterons ici à donner un aperçu
des principaux accès professionnels à l'internet, ce descriptif
n'est pas exhaustif.
De nombreuses entreprises possèdent un accès
à Internet par RTC, ces abonnements profitent également
aux employés qui peuvent ainsi accéder gratuitement au réseau. La connexion de la radio Horizon FM par une liaison spécialisée mérite d'être notée. Les employés des cybercafés et des fournisseurs d'accès à Internet profitent également d'un accès à Internet. Les employés des FAI sont notamment particulièrement avantagés puisqu'ils peuvent utiliser un accès illimité et rapide.
Quatorze pays francophones dont le Burkina Faso, disposent d'un point d'accès à l'Internet par l'intermédiaire du REFER, le réseau d'édition et de diffusion, sous espace francophone de l'Internet mis en place par l'Agence francophone pour l'enseignement et la recherche.
Trois secteurs ont été identifiés comme pôle de développement des TIC lors du premier atelier national sur les TIC organisé à Ouagadougou en 1996. Le premier de ces secteurs était la recherche. Cela a conduit à la création du réseau RENER qui relie les centres de recherche du Burkina Faso. Un point d'accès internet par liaison spécialisée a été créé à l'Université de Ouagadougou en décembre 1997. L'ORSTOM, le SYFED et le RESAFAD sont reliés à ce point par des liaisons spécialisées. L'Université de Ouagadougou, avec le soutien du gouvernement néerlandais, met en place un centre de ressources informatiques qui est relié par fibre optique au point d'accès RENER. Le RENER donnait, en 2000, un accès à environ 500 personnes.
Le réseau informatique national de l'administration (RESINA) a été mis en place à la suite du premier atelier national sur l'internet et les autoroutes de l'information. Son centre se trouve à la Délégation Générale à l'Informatique (DELGI). Son extension doit permettre à toute l'administration de se connecter gratuitement à l'internet. Ce réseau, réservé aux fonctionnaires, assure une bonne maîtrise des nouvelles technologies dans l'administration. Nous avons vu qu'il permet également aux fonctionnaires de se connecter depuis leur domicile s'ils sont équipés. Chaque ministère ou département public dispose d'un sous-nom de domaine qu'il doit gérer de manière autonome. Un réseau sécurisé permettant la communication entre les différentes administrations est également prévu. RESINA comptait en moyenne en 2000, 1200 abonnés pour 8 lignes téléphoniques .
La représentation du système des Nations-Unies dispose d'une liaison spécialisée à 64 Kbps. Celle ligne est partagée entre les délégations des différents organismes des Nations-Unis. Il en est de même pour le personnel des ambassades du Canada, des Etats-Unis et d'Allemagne. Le siège de l'UEMOA est, quant à lui, relié par une liaison spécialisée à 128 Kbps. Au total, ces représentations offrent un accès à Internet à environ 1000 personnes.
Sylvestre Ouédraogo notait en 2000 , que la situation de l'accès à Internet était nettement différente entre Ouagodougou et les autres villes du pays. Seule la ville de Bobo-Dioulasso pouvait bénéficier d'un service proche de celui de la capitale. Alors que dans ces deux villes, les cybercafés proposent des salles comprenant de nombreux ordinateurs reliés en réseau, les accès dans les villes secondaires consistent en un unique ordinateur utilisé alternativement pour la bureautique et pour la connexion à Internet.
Notons que de nombreuses informations contradictoires circulent sur l'internet quant à la situation des cybercafés au Burkina Faso. Certaines excellentes initiatives comme celle de Ramata Soré, permettent d'obtenir un panorama en ligne depuis septembre 2001, malheureusement les chiffres n'ont pas été suffisamment tenus à jour et il est difficile d'obtenir des réponses de la part des cybercafés. Enfin, quand ceux-ci acceptent de participer à une enquête, les réponses sont rarement franches. Nous pensons ainsi par exemple que le nombre de clients quotidiens des cybercafés a été systématiquement sous-évalué par ces derniers. L'enquête menée par Anaïs montre ainsi une moyenne de fréquentation de 56 clients quotidiens, ce qui est bien supérieur aux déclarations que nous avons recueillies.
Ouagadougou, compte en 2002, une grande quantité de cybercafés qui profitent de la multiplication (toute relative) du nombre de FAI dans la capitale. Le service y est donc relativement rapide et plutôt efficace. On peut estimer qu'il existe environ une trentaine de cybercafé reliant plus de 3 machines. Les petits points d'accès de moins de 3 machines sont également nombreux. La spécificité de l'accès à Internet dans la capitale réside dans le fait qu'il existe des centres très importants reliant souvent plus de vingt ordinateurs. On peut ainsi compter 5 cybercafés de cette taille à Ouagadougou. Par ailleurs, l'examen du nombre de clients quotidiens de ces centres (déclarés par ces mêmes centres) montre qu'il n'est pas rare que ces entreprises accueillent en moyenne plus de 50 Internautes dans une journée.
Ouagadougou, avec ses quatre fournisseurs d'accès à Internet (FAI), bénéficie d'un service privilégié. Ce choix plus large de FAI conduit à une amélioration du service proposé par certains cybercafés. Ainsi, Sylvain Zongo, qui avait précédemment lancé le Fournisseur d'Accès à Internet ZCP, a appliqué les principes classiques de gestion des entreprises médiatiques : il a amorti sur une autre activité les coûts fixes de location de la ligne spécialisée indispensable à un FAI. Il a dans cette logique décidé d'ouvrir un cybercafé relié par ligne spécialisée. Le cybercafé peut ainsi profiter d'une connexion permanente et rapide à l'internet qui le dispense notamment des frais de communications téléphoniques supportés par ses concurrents et lui permet de pratiquer des tarifs inférieurs. Le cercle vertueux ainsi créé, fait de son point d'accès, l'un des plus profitables de Ouagadougou. En outre, Sylvain Zongo a eu l'idée de coupler son service d'accès à Internet à une restauration de frites. Le concept ainsi créé, appelé " cyberfrites " , a permis d'attirer l'attention des médias dès le commencement du projet.
Notre enquête a fait apparaître que de plus en plus de cybercafés bénéficient d'une ligne spécialisée, cela est en premier lieu profitable aux internautes qui peuvent ainsi bénéficier d'un accès plus rapide et plus confortable. L'exemple de Cyberfrite, que nous venons d'évoquer, illustre l'avantage ainsi offert aux internautes de la capitale. Ainsi, l'enquête effectuée en collaboration avec Issaka Campaoré a permis de recenser 6 cybercafés disposant d'une ligne spécialisée à Ouagadougou.
Le service d'accès à Bobo-Dioulasso, deuxième ville du pays, est loin d'être aussi efficace que celui de Ouagadougou. La ville de Bobo-Dioulasso est notamment très désavantagée par l'absence de concurrence entre FAI. L'ONATEL est l'unique opérateur d'accès à Internet et le service offert est relativement chaotique. Les cybercafés en souffrent ainsi que les Internautes. Il est fréquent de subir une interruption de service de plusieurs jours et la connexion est assez instable. Bobo-Dioulasso reste néanmoins plutôt avantagé au regard de la situation des autres villes du Burkina Faso. En effet, la ville compte près une dizaine de cybercafés mais également de nombreux petits secrétariats publiques qui offre aussi ce service de manière occasionnelle, leur nombre est difficile à évaluer. La ville de Bobo-Dioulasso possède en outre son propre nud de connexion à l'internet. Notre enquête a fait apparaître que les cybercentres disposent souvent de plus de 10 ordinateurs connectés. Elle nous a également permis de noter que mis à part AMC, BI/PSI et Yamnet tous les autres cybers sont situés à moins de 1000 m du grands marché.
Les autres grandes villes du Burkina Faso disposent d'accès aux inforoutes beaucoup moins efficaces, les cybercafés sont rares à Banfora, Ouahigouya, Koudougou et Kaya. Le cas de Ouahigouya reflète relativement bien la situation de ces villes secondaires. La ville n'avait encore aucun Cybercentre à l'été 2000. Quatre ont ouvert leur porte entre cette date et l'été 2001. Le premier, alpha presse, a lancé son service à la fin de l'année 2000 avec un cybercafé reliant deux machines entre elles. Trois autres points d'accès ont suivis au cours de l'année, Cybercenter ouvrant en Juin 2001 avec 5 postes connectés. Espace Internaute, dernier arrivé lançant le même service dans 6 autres localités au cours de la même année . En moyenne, chacune de ces villes secondaires disposent de 5 ou 6 cybercafés. Les connexions sont obligatoirement effectuées via l'offre d'accès de l'ONATEL. Effectivement, l'opérateur national se réserve le monopole de l'utilisation d'un numéro de connexion spécial qui autorise la facturation d'une connexion entre tous points du pays et le nud de Ouagadougou au prix d'une communication locale. Les villes précitées ainsi que le reste du territoire sont donc comme Bobo-Dioulasso, soumis aux aléas de l'offre d'accès Fasonet. Dans les villes de troisième ordre et dans les campagnes, la situation de l'accès à Internet tient plus de l'anecdotique. Les connexions publiques existent mais sont le fait de mini-opérateurs (un seul ordinateur connecté) et sont souvent associées à une action de développement ou à l'intervention d'une quelconque ONG.
Voici quelques exemples des prix pratiqués dans les cybercafés ouagalais selon une enquête réalisée par Ramata Soré, stagiaire du RESAFAD en septembre 2001 :
Voici, selon la même étude, une illustration des prix pratiqués dans les cybercafés Bobolais. On peut constater que les prix étaient légèrement supérieurs en moyenne aux prix pratiqués à Ouagadougou.
Les prix ont considérablement diminué en deux ans. Au regard de notre enquête, réalisée de juin à septembre 2002, il semblerait que les prix aient été réduits en moyenne de moitié.
Nous avons constaté les prix suivants à Ouagadougou :
Notre enquête a montré la pratique des prix moyens suivants à Bobo-Dioulasso : la minute est facturée en moyenne 40 francs CFA ttc, la demi-heure coûte entre 700 et 500 francs CFA ttc, l'heure varie entre 1200 et 1000 francs CFA. Les prix correspondent donc globalement à ceux pratiqués à Ouagadougou. Notre enquêteur sur place constate par ailleurs que l'heure était encore récemment facturée 2000 francs CFA et la minute à 50 francs CFA. La chute des prix est principalement due selon ce dernier (lui même patron de cybercafé) à l'amélioration du service de l'ONATEL et à la multiplication des cybercafés qui engendre une concurrence bienfaisante pour les internautes.
Le centre d'accès à l'internet YamNet que l'association Yam Pukri à ouvert à Ouagadougou dispose de plusieurs ordinateurs, connectés à l'internet par modem. Notons que l'association a également récemment ouvert un centre à Bobo-Dioulasso.
Cinq centres municipaux multimédias ont été ouverts par la municipalité de Ouagadougou depuis février 1999. Cette opération, à l'initiative de la marie de Ouagadougou et de l'Association internationale des maires francophones, a permis d'ouvrir un premier centre en février 1999 avec 8 machines et une ligne spécialisée à 64 Kbps. Le second a ouvert en mai 2000 et compte 16 machines et une Liaison Spécialisée (LS) à 128 Kbps. Chaque centre accueille en moyenne 600 enfants par an et leur permet de bénéficier d'une sensibilisation à l'internet et aux outils de bureautique (Word, Excel, Windows). Des formations accélérées ont également lieu chaque été pour les élèves qui étudient à l'extérieur de Ouagadougou. Le projet n'est évidemment pas rentable en terme économique et ne peut vivre que grâce à l'appui de la commune de Ouagadougou. Le choix de la sensibilisation aux outils Microsoft est cependant controversé. En effet, ces outils sont chers. Des logiciels libres permettraient selon certains de mieux investir l'argent consacré à l'informatique et aux télécommunications au Burkina Faso.
Le Centre d'Information sur la Recherche et le Développement (CIRD) a été créé en décembre 2000 après la fusion des fonds documentaires du Centre de Coopération Internationale en Recherche Agronomique (CIRAD), du Centre d'Information sur le Développement (CID) du Centre Culturel Georges Méliès et de l'Institut de Recherche pour le Développement (IRD). En plus d'un accès à de nombreux cédéroms, le centre offre une salle Multimédia avec un réseau de 10 ordinateurs connectés à l'internet
A la fin du mois de décembre 1997, soit à peine 9 mois après l'ouverture du réseau au grand public, le nombre de machines connectées à l'internet était estimé à 900 par l'ONATEL. Le nombre d'utilisateurs était estimé à plus de 2000. En janvier 2000, le Burkina Faso disposait d'environ 4000 abonnements par le biais de FAI privés. En 2002, le nombre d'abonnements commerciaux à Internet est d'environ 6000 mais cela ne reflète en aucune façon le nombre d'internautes. Aucune estimation du nombre d'Internautes burkinabé en 2002 n'existe à ce jour. Nous ne nous risquerons pas à tenter une évaluation. Cette opération est en effet très délicate puisque l'accès à l'internet est, nous l'avons vu, principalement public et partagé. Seul un recensement de population ou une enquête à très grande échelle permettrait donc de donner une estimation précise de ce chiffre.
Une étude publiée en septembre 2000 par Sylvestre Ouédraogo, professeur de l'Université de Ouagadougou tentait de dresser un portrait des internautes burkinabé et de leurs pratiques. Cette étude qui portait sur un échantillon
de 211 cas, montrait les caractéristiques suivantes :
L'enquête regroupe un échantillon de 100 personnes
et a été menée par deux canaux distincts : - 50 autres personnes ont répondu à un questionnaire apparaissant en ligne sur le site www.bobodioulasso.net. Ces personnes, toutes burkinabé, proviennent donc d'horizons plus divers.
La majorité des enquêtés étaient des hommes, les femmes représentent 20% de l'échantillon ; il est d'ailleurs intéressant de noter qu'elles n'ont représenté que 14% des réponses obtenues via le formulaire en ligne. L'âge moyen constaté est légèrement
supérieur à 28 ans. La répartition des sondés
selon leur tranche d'âge donne les résultats suivants :
Nous avons pu constater que les Internautes burkinabé
sont beaucoup plus diplômés que la moyenne. Ainsi, sur la
population enquêtée, nous avons pu relever la répartition
suivante : Statut des sondés : Leur domaine d'activité est large, on peut noter
un éparpillement des réponses, nous avons cependant pu noter
La découverte de l'internet est en moyenne relativement
récente, la majorité des internautes burkinabé (64%)
le sont devenus depuis l'année 2000 : Cette information sur la faible antériorité de la découverte de l'internet, démontre la nécessité de cette étude sur la population des internautes burkinabé. Effectivement, la plupart des études menées, bien qu'excellentes, dataient de l'année 2000.
Plus généralement, Sylvain Zongo précisait que la majeure partie des connexions en journée était le fait d'étudiants qui recherchaient avant tout le " dating " (rencontre en ligne) via le web et le chat (discussion en temps réel). En revanche, les soirées étaient plutôt consacrées au courrier électronique. Ce témoignage d'un patron de cybercafé est intéressant car il résulte d'une constatation de visu qui n'est donc pas biaisée par les déclarations des enquêtés qui sont soumis au regard de l'enquêteur et n'osent sans doute pas avouer le type de pratiques décrites par Monsieur Zongo.
L'étude menée par Charlemagne Zannou pour le compte du Réseau d'Information et de Formation sur le Développement (RIFOD) aborde les pratiques des internautes dans le cadre des ONG et des associations. Cette étude, publiée en 2000, montre que dans le milieu associatif, l'Internet est utilisé prioritairement pour l'échange de courriers électroniques. Ainsi, l'auteur soulignait-il à l'époque que dans ce milieu, le courrier électronique était le service le plus utilisé dans 100% des cas. L'auteur se penchant ensuite sur la navigation sur la toile constatait qu'elle était pratiquée par 97% des internautes. Dans la grande majorité des cas, les adresses des sites visités étaient connues par le biais du bouche à oreille ou parce qu'un support écrit en avait fait la promotion. L'utilisation des moteurs de recherche était extrêmement rare. Seul 11% des personnes interrogées utilisaient un moteur ou un annuaire pour identifier des sites. Les domaines de recherche sur l'internet étaient
les suivants : Le RIFOD notait également que les services tels que le chat, les newsgroups, les visioconférences et autres services connexes n'étaient connus que par une minorité d'internautes et n'étaient pratiquement pas utilisés. Enfin, d'une façon générale, la totalité des internautes estimait que le contenu trouvé sur la toile ne correspondait pas à ses attentes. Soit parce que le contenu était en anglais, soit parce les données consultées n'étaient pas spécifiques au Burkina.
L'étude menée par Sylvestre Ouédraogo s'attardait moins sur les pratiques proprement dîtes mais plutôt sur les bénéfices ressentis et sur les obstacles rencontrés. Nous apprenions ainsi que le principal avantage ressenti sur le plan privé concernait le renforcement des relations personnelles qui était exprimé dans près de 70% des cas. Cela confirmait le statut de vedette du courrier électronique dans l'internet burkinabé. Les bénéfices cités ensuite dans une bien moindre mesure, étaient l'amoindrissement des coûts financiers, la facilité pour s'informer et l'épanouissement personnel. L'auteur s'intéressait ensuite aux bénéfices ressentis sur le plan professionnel. L'amélioration dans la recherche arrivait alors nettement en tête avec près de 50% des réponses. Venaient ensuite la facilité de communication dans le domaine professionnel, l'inscription dans les écoles et l'obtention de bourses et le choix accru des consommateurs. Sylvestre Ouédraogo note que d'une façon
générale, dans le milieu professionnel, le courrier électronique
remplace progressivement la télécopie et le téléphone,
plus coûteux à utiliser. L'auteur notait ainsi qu'une "
page de fax à envoyer en France coûte en 2 000 FCFA soit
20 FF. Il est possible d'envoyer un document de plus de 200 pages par
fichier attaché et cela ne vous coûtera pas plus de 500 FCFA
soit 5FF à Yam Pukri par exemple. Enfin, dans les inconvénients rencontrés dans la recherche d'information, le coût important de la navigation sur la toile était cité en premier lieu par plus de 30% des internautes, le manque de maîtrise de l'anglais arrivant en deuxième position. Notons, que plus généralement, la majorité des Internautes déclaraient être confrontés à de nombreux problèmes (37.6%). Il est intéressant de constater qu'une nouvelle fois, le manque de contenu francophone sur la toile était cité par une importante quantité d'utilisateurs.
Aicha Tamboura a mené en 1999-2000 une étude centrée sur les femmes internautes au Burkina Faso . Il en ressortait les informations suivantes. Aicha Tamboura notait tout d'abord que l'information sur les différentes possibilités de l'Internet se limitait souvent au courrier électronique (41,8%) et à la navigation sur le web (38,8%). La connaissance des forums de discussion était rare (7,1%) et 54% avait émis le souhait de pouvoir les fréquenter après que leur existence leur ait été révélée. Les femmes interrogées utilisaient plus l'internet
dans le cadre professionnel que pour des besoins personnels. Les principaux
domaines qui faisaient l'objet de recherche d'informations sur l'internet
par ordre d'importance étaient : Les avantages de l'Internet constatés par les utilisatrices
interrogées étaient les suivants : Les inconvénients étaient : Enfin, malgré les difficultés et les contraintes soulignées, le taux de satisfaction des utilisateurs restait très élevé, 85%.
Il apparaît tout d'abord que notre échantillon comprend 20 femmes sur 100 personnes interrogées. Il est intéressant de noter que seules 7 femmes ont participé au sondage en ligne. Nous ne savons quelles interprétations peuvent être données à cette constatation. Les femmes burkinabé sont-elles moins attirées que les hommes par un site qui, tel bobodioulasso.net, présente une ville de leur pays ? Ou ne souhaitent-elle tout simplement pas, pour une raison quelconque (discrétion ?), répondre à des sondages en ligne ? L'étude publiée par le réseau Anaïs sur l'internet et les femmes burkinabé, souligne également des spécificités féminines. Ainsi, le réseau montre que les femmes sont plus nombreuses dans les grands cybercentres dans lesquels elles peuvent représenter jusqu'à 25% des Internautes. Leur présence dans les petits centres est en revanche beaucoup plus rare. Notre enquêteur à Ouagadougou a également constaté que les femmes souhaitaient beaucoup plus rarement communiquer des informations personnelles telles que l'adresse de courrier électronique.
Sur l'ensemble des sondés, nous avons pu constater
qu'une écrasante majorité des internautes se connectaient
dans les cybercafés. Ils représentent le lieu de connexion
pour 68% des internautes sondés ayant exprimé une réponse.
Vient ensuite le lieu de travail qui représente une part importante
des connexions, notamment semble-t-il pour les salariés de l'administration.
Les fréquences de connexion sont relativement bien
étalées, on peut observer une répartition des internautes
en trois grandes masses : A chaque connexion, les internautes restent un temps relativement
important devant l'ordinateur puisqu'on peut constater qu'ils sont 75%
des sondés (à avoir répondu) à passer plus
de trente minutes devant la machine : Notons que 19 internautes affirment se connecter au moins une heure chaque jour. Cette sous-population qui constitue la crème des internautes burkinabé est principalement connecté à domicile ou au travail.
51% des sondés citent le mail comme utilisation principale de l'internet. Les autres réponses sont très diverses. Notons par exemple la recherche d'information, les rencontres ou encore la recherche de cours en relation avec l'université (cité par 6 étudiants en utilisation principale et 6 autres en utilisation secondaire). Il est intéressant de noter que l'internet rempli déjà en partie son rôle de bibliothèque universelle pour les étudiants burkinabé.
Examinons maintenant quelques exemples d'utilisation de
l'internet dans des cadres professionnels ou associatifs burkinabé.
L'objectif du projet est de faciliter l'accès aux connaissances et la communication entre les membres du réseau intervenant dans le développement durable. Le site devenet.org regroupe notamment de nombreuses ressources sur l'environnement, l'agriculture ou encore l'élevage.
Le site afridev.net évoque le cas de l'ONG Agir
pour le Développement (APD), association qui a de nombreux champs
d'action : L'APD travaille aussi à la valorisation des produits de la cueillette et de certains produits oléagineux. A ce titre elle fonctionne comme une coopérative de commercialisation : elle collecte les produits et recherche des marchés prometteurs. Cette dernière activité l'a motivée à vouloir utiliser Internet dans ses recherches de partenaires pour écouler sa production de beurre de karité. La secrétaire exécutive de l'association utilise l'internet depuis 1999 et s'en sert principalement pour la messagerie électronique. Au siège social de l'association, à Pô, l'unique ordinateur est utilisé pour le traitement de texte et ne dispose pas de connexion à Internet. La connexion n'était en 2000 possible qu'à Ouagadougou, ville dans laquelle la secrétaire ne se rendait en moyenne que deux fois par mois. Une personne relevait et imprimait donc pour elle les messages reçus. Le même système était mis en place pour la réponse : la secrétaire remettait sur papier les messages à envoyer à une connaissance se rendant à Ouagadougou ; celle-ci le transmettait à son tour à la coordonnatrice du centre d'accès Internet ; cette dernière se chargeant de l'envoyer. Les voyages à Ouagadougou représentaient pour la secrétaire exécutive des occasions de surfer sur les sites des associations qui traitent de la formation et de l'éducation. Elle recherchait également le cours des matières grasses (cacao) pour fixer le prix de son beurre de karité. Elle suivait particulièrement le grand marché qui s'ouvre aux pays producteurs de beurre de karité avec la possibilité que le beurre de karité soit introduit dans la fabrication du chocolat. Elle recherchait enfin les normes internationales pour les produits gras. Les informations trouvées sur le web lui évitaient de se rendre régulièrement à la chambre de commerce du Burkina Faso pour se renseigner sur les opportunités d'affaires sur le marché international. ADN souhaiterait réaliser un site pour mettre en valeur les actions qu'elle entreprend à ce niveau mais ne dispose pas actuellement de ressources financières suffisantes pour sa création et son hébergement. L'absence de connexion à l'internet dans les provinces du Burkina Faso est un frein aux activités des différentes associations qui s'y trouvent.
AGI PLUS, comme beaucoup d'autres entreprises d'informatique
du Burkina Faso visite les sites Internet qui proposent du matériel
informatique afin de comparer les produits proposés par les fournisseurs
avant de passer commande. Elle lance aussi ses commandes par virement
bancaire. Elle compare les coûts de livraison et les modes de paiements.
L'internet lui permet de proposer à ses clients des coûts
compétitifs. Pour d'autres entreprises informatiques, l'absence de carte bancaire rend impossible le commerce électronique. Citons par exemple, le cas de l'entreprise Bureautique Informatique Gestion (BIG) qui ne possède pas de carte bancaire et qui doit donc faire appel à des relations en Europe pour pouvoir acheter le matériel qu'elle revend ensuite au Burkina.
La ville de Vendôme en France et celle de Boulsa au Burkina, sont jumelées depuis 1992. Un programme d'équipement en informatique et en télécommunication a été mis en place en 1999 afin de faciliter les communications entre les deux partenaires. Ce nouvel équipement a permis de développer des contacts plus fréquents et de réduire les temps de réaction ainsi que les coûts de télécommunication. Le courrier électronique a permis par exemple de préparer le voyage des jeunes de Vendôme à Boulsa. Le matériel, un ordinateur d'occasion, a été acheminé de Vendôme à la Maison des Jeunes et de la Culture à Boulsa. La connexion a nécessité l'installation d'une ligne téléphonique (106 euros) et un abonnement (15 euros/mois pour 10 heures de connexion). Elle a été possible car le local de Boulsa dispose d'un groupe électrogène. Ce projet a représenté un investissement
considérable au regard du budget dont dispose la ville de Boulsa
: 45 000 euros. La ville de Vendôme intervient à hauteur
d'un tiers de ce budget. Ce coût semble un peu disproportionné
par rapport aux avantages apportés. Certes, le projet a permis
la diffusion des NTIC dans une zone rurale. Mais des inconvénients
apparaissent sur la durée :
Le Centre Muraz est un centre de recherche médicale. Le centre comprend environ une trentaine de chercheurs. Il est connecté à l'internet depuis 1997, date de l'arrivée de l'internet à Bobo-dioulasso. Le centre dispose d'un parc informatique d'une quarantaine de machines dont près de la moitié est reliée à Internet. Les chercheurs utilisent l'internet pour obtenir des informations dans le domaine de la santé. Le courrier électronique est également très utilisé pour des échanges avec les chercheurs des pays partenaires. Le centre Muraz dispose également d'un site web créé en 1997 par un Coopérant du Service National (CSN) français, gestionnaire du centre. Ce panorama de l'accès à l'internet
et de l'utilisation de cet outil au Burkina Faso doit maintenant être
complété par un aperçu des compétences et
des formations dispensées dans les domaines de l'informatique,
des télécommunications et de l'internet. Nous nous attarderons
ensuite sur le problème de la fuite des cerveaux mais également
sur les bienfaits que peuvent apporter au pays, les compétences
acquises par des expatriés qui sont parfois les moteurs de l'internet
burkinabé. |
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