2. Informatique : équipement du pays et prix pratiqués

a) Le niveau d'informatisation actuel

Au cours des dernières années, l'informatisation du pays a continué avec une vigueur identique à celle des années 90. Ainsi, le recensement effectué dans le cadre de l'élaboration d'un plan national d'action pour la résolution du bug de l'an 2000, a révélé que le parc informatique atteignait environ 10 000 machines à la fin des années 90. Cet équipement correspond à un taux de croissance annuel moyen de 35% entre 1995 et 2000.

Le passage à l'an 2000 et le développement de l'usage d'Internet ont conduit, selon Charlemagne Zannou , à un renouvellement fondamental du parc informatique, notamment au sein des grandes entreprises et des organismes internationaux.

L'apparition depuis le début de l'année 2000, de filières de matériel d'occasion, favorisent également l'informatisation des petites entreprises et des particuliers.

Le parc informatique burkinabé reste en 2002 relativement hétérogène mais sa modernisation est bien avancée. La majorité du parc est constituée de Pentiums même si ceux-ci continuent à cohabiter avec quelques 386, des 486 et même de très rares 286.

Le Burkina Faso comprend actuellement selon l'Union International des Télécommunications (ITU) :
- 0,21 téléphones portables pour 100 habitants.
- 8,38 internautes pour 10 000 habitants
- 0,1 PC pour 100 habitants

b) Un matériel informatique importé en totalité

Le Burkina Faso ne dispose d'aucun centre de production de matériel informatique. L'ensemble du matériel utilisé dans le pays est donc importé.

L'importation du matériel informatique implique non seulement des coûts de transit et des frais de douanes mais également des délais importants avant la réception des commandes.

Afin d'illustrer les délais et les coûts nécessaires aux achats informatiques au Burkina, nous avons servi d'intermédiaire pour une entreprise d'informatique de Bobo-dioulasso. Voici le détail de la procédure et des coûts constatés :

Un ordinateur était mis en vente sur le site web de l'entreprise Dell. Il ouvrait donc logiquement la possibilité d'une commande électronique partout dans le monde. Or, l'entreprise Dell précise sur le site dans les conditions de vente, que le matériel ne peut être acheté qu'en France. Nous avons donc servi d'intermédiaire pour acheter un ordinateur Pentium IV mis en vente au prix de 889 euros (frais de port en France compris). A ce prix devait être ajouté 174 euros de TVA, normalement récupérable puisque l'ordinateur était destiné à l'exportation.

Nous avons fait appel à une société de transit qui nous a facturé l'acheminement du matériel jusqu'à Bobo-Dioulasso à 192 euros.

Avant même le paiement des droits de douanes au Burkina Faso et la marge appliquée par le revendeur local, le coût de l'ordinateur est donc déjà plus élevé que celui que supporte un français qui voudrait s'équiper du même matériel.

Effectivement, le français paye l'ordinateur en question 1063 euros (889 + 174). Le burkinabé doit donc déjà supporter pour le même ordinateur 1081 euros (889+192) de frais d'achat et d'acheminement.

En outre, les délais d'acheminement ont été particulièrement longs. L'opération d'achat, pratiquée au début du mois de Juin 2002 n'a permis la réception du matériel par l'entreprise au Burkina Faso qu'en Septembre 2002. Le transit par bateau, s'effectuant par Abidjan, les seuls délais d'acheminement étaient supérieurs à un mois.

c) Taxes et procédures

(1) Des taxes élevées sur les produits informatiques

Les droits de douanes et TVA applicables aux produits informatiques en 2001 sont les suivants :
- 31,5% pour les équipements informatiques (y compris les logiciels fournis avec les équipements)
- 56,65% pour les logiciels importés séparément du matériel
- 31,35% pour les composants et pièces de rechange
- 31,35% pour les fournitures informatiques (à l'exception du papier, des supports magnétiques et des rubans, qui sont soumis au taux de 56,65%)
- Les prestations de services informatiques (formation comprise) sont soumises à une TVA de 18%.

Au final, après la marge du revendeur local, l'ordinateur en question a été vendu au prix de 1 230 000 francs CFA ttc, soit 1875 euros. Rappelons que l'acheteur français du même ordinateur peut l'acquérir pour 1063 euros.

Si l'on rapporte le coût de l'ordinateur au pouvoir d'achat dans chacun des deux pays, l'on peut constater que l'effort consenti par un burkinabé pour acheter un ordinateur est théoriquement 30 fois supérieur à celui d'un français. Il n'est donc pas imaginable dans ces conditions d'envisager un mode de consommation comparable à celui des pays européens.

(2) Des procédures d'importations allégées mais encore handicapantes pour les non ouagalais

L'autorisation préalable d'importation a été remplacée par la demande préalable d'importation qui représente une procédure plus légère.

La procédure de contrôle SGS avant leur embarquement dans le pays d'importation, reste cependant nécessaire pour les importations de matériels informatiques d'un montant supérieur ou égal à trois millions de francs CFA.

Parallèlement, dans le cadre de ce travail, nous avons eu l'occasion d'interroger des revendeurs de matériels informatiques : la majorité d'entre eux témoigne de la difficulté de faire " sortir de douane " le matériel importé.
Les revendeurs de Bobo-dioulasso notamment, évoquent la difficulté d'obtenir le matériel sans se rendre à Ouagadougou et les coûts parasitaires liés à ces nombreux voyages.
Les séjours de quelques jours à Ouagadougou dans l'unique but d'obtenir du matériel sont fréquents et il est souvent nécessaire d'en effectuer plusieurs pour obtenir le matériel concerné.

Ainsi, malgré les nombreux efforts et les réformes pertinentes lancées par l'administration, la réalité de l'importation reste handicapante pour l'informatisation du pays, ces difficultés touchent particulièrement les fournisseurs de services informatiques, les entreprises et les organismes n'exerçant pas à Ouagadougou.

 

Un panorama de l'état du réseau téléphonique et des infrastructures de l'internet va maintenant nous permettre de finaliser cet aperçu du pays.


 

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