Conclusion


Nous avons montré que d'un point de vue global, philosophique et politique, l'intégration des pays du Sud dans la société de l'information représentait une nécessité absolue. Les enjeux économiques, culturels et pratiques de la Francophonie incitent également à favoriser l'entrée des pays d'Afrique Francophone dans la société de l'information. Ceci implique de développer l'accès à l'internet, la maîtrise technologique et la production de contenus.

Le développement de l'accès à l'internet au Burkina Faso implique certains préalables qui rejoignent parfois d'autres impératifs de développement. Il en est ainsi du développement de l'éducation et de l'objectif affiché par l'UNESCO d'atteindre " l'éducation pour tous ". L'alphabétisation représente effectivement le premier et indispensable pas vers la maîtrise des nouveaux outils de communication qui, tels l'internet, fonctionnent à partir d'un support écrit. Dans le même temps mais dans un contexte plus ambitieux, l'éducation passe également par la formation de la population à l'utilisation des nouveaux outils de communication dont les premiers représentants sont l'ordinateurs et la messagerie.

Les développements des infrastructures de télécommunication et de l'informatisation du Burkina s'inscrivent également comme des efforts incontournables et la privatisation de l'Office national des Télécommunications (ONATEL) procède de cette logique.

L'accès à l'internet doit être favorisé par la multiplication des points d'accès et par le développement de solutions adaptées à l'Afrique, c'est à dire l'usage partagé des nouveaux outils de communication. En premier lieu, l'accès RTC, qui nécessite des communications téléphoniques fréquentes et qui entraîne de nombreux surcoûts, doit être remplacé progressivement par un accès continu à coût fixe.

Enfin, la notion de service public ne doit pas être oubliée et l'implantation de la téléphonie et de l'internet en zones rurales doit être favorisée. La multiplication des télécentres et la création de postes de médiateurs permettraient d'avancer dans ce domaine. Il est également souhaitable que soit tenu compte des incidences socio-culturelles de ces nouveaux outils sur les populations.

Au delà du nécessaire développement de l'accès aux nouvelles technologies, la création d'un contenu burkinabé sur les inforoutes regroupe également de multiples enjeux. Entre sauvegarde d'une culture précieuse, l'existence de ressources en français (et donc accessible à une population non-anglophone) et le poids politique et économique de la zone francophone, le développement de la toile burkinabé est loin de représenter un enjeu anecdotique. La formation à la conception doit donc être favorisée.

Ces enjeux stratégiques et les grands axes qui en découlent soulèvent d'autres objectifs et enjeux de court terme. Dans ce dernier volet, le plus concret, plusieurs points sont améliorables et plusieurs défis doivent être relevés .

Nous regrettons par exemple l'éparpillement des projets, le manque de coordination des différents acteurs. Ainsi, un coopérant français à Ouagadougou affirmait encore récemment sur une liste de diffusion consacrée aux nouvelles technologies que " pour le cas du Burkina, il est patent de constater que la mobilisation pour les TIC existent mais encore plus de déplorer un flagrant délit d'éparpillement de tous les projets, du RESAFAD à la Banque mondiale, PAJE, NTBF, CDSPTT, AID, Burkina, Yam Pukri, Club @, projets universitaires (Ouaga-Bobo) et autres de la DELGI , coopération hollandaise, belge et allemande et j'en passe (…), il est déplorable de ne pas sentir un vrai désir d'harmonisation que seul le Burkina lui-même peut insuffler ".

Derrière cette nécessaire coordination, apparaît l'enjeu de la visibilité sur l'internet. La création de sites web centralisant les informations de toutes les origines afin de permettre l'information des différents acteurs est, dans cette logique, indispensable. Nous avons souligné que cela était souhaitable dans le domaine de l'action associative mais aussi dans celui du commerce ou encore de la coopération. La désignation d'une liste de sites représentant un intérêt national peut également s'avérer intéressante.

Le renforcement d'une collaboration globale pour le développement des inforoutes au Burkina Faso pourrait continuer par l'utilisation d'une charte technique facilitant l'intégration des informations des sites sur un portail commun. La non multiplication des portails est également souhaitable dans cette logique.

Parallèlement, le Burkina Faso doit éviter le mimétisme et construire ses propres inforoutes en les adaptant au contexte africain. Ceci en se méfiant des mirages portés par les nouvelles technologies et en s'appropriant les outils de son indépendance, non pas dans une logique anticolonialiste mais dans un esprit de coopération et de limitation des risques. Pour Microsoft, l'exploitation de l'entreprise de courrier en ligne Hotmail ne représente que des enjeux financiers. Pour le Burkina Faso, l'arrêt de l'activité de cette messagerie signifierait la perte d'une part importante de l'information numérique du pays. Cela va dans le sens de la création de services comme wanadougou, le service de courrier en ligne de Ouagadougou.

Le développement de contenus burkinabé sur la toile mondiale doit être favorisé. Des programmes de coopération oeuvrent déjà pour la création de ressources numériques au Burkina. Cependant, nous avons vu que le niveau de prix pratiqué pour la conception internet était encore largement prohibitif et qu'il risquait de freiner la création de certains contenus qui représentent un intérêt pourtant crucial pour le pays. La création d'une agence nationale de conception multimédia sans objectif de profit pourrait répondre à cette préoccupation.

Enfin, au delà des utopies portées par l'avènement d'un marché mondial et par les techniques d'information qui permettraient potentiellement aux produits burkinabé de trouver des débouchés, les NTIC sont porteuses en elle mêmes d'opportunités commerciales. Nous avons notamment examiné le potentiel offert par le marché du développement informatique et internet tout en attirant l'attention sur les difficultés auxquelles sera confronté le Burkina pour attirer les investisseurs et acquérir le statut d'interlocuteur valable. La création d'une petite structure chargée de prospecter en Europe pour le compte d'entreprises informatiques burkinabé, représente selon nous une solution à ce manque de confiance.

Les défis auxquels le Burkina Faso doit faire face à long, moyen et court termes, dans le domaine des NTIC sont considérables. Ce pays enclavé, dont l'indice de développement humain est l'un des plus bas du monde, n'est cependant pas seul pour amorcer cette pente. Il peut compter en premier lieu sur la coopération sous-régionale qui regroupe des pays confrontés aux mêmes défis et dont certains, comme le Sénégal, ont déjà franchis quelques étapes importantes et disposent donc d'une connaissance empirique qui doit être partagée. Le Burkina Faso continuera également à être assisté par les pays occidentaux et par des institutions internationales comme l'UNESCO. Les pays Francophones, à travers leurs organisations, apporteront enfin un soutien non négligeable afin d'atteindre ces objectifs.

 

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