2. Comment permettre la mise en place de la sous-traitance informatique ?

a) Initier la sous-traitance par une démarche de prospection

Devant les difficultés d'attirer la confiance des investisseurs ou d'obtenir des contrats de sous-traitance, notamment dans le domaine de l'informatique, le Burkina pourrait initier elle même une démarche de prospection après avoir créé le cadre nécessaire à une activité efficace.

Dans le domaine des NTIC, nous avons précédemment proposé la création d'une agence nationale de conception multimédia chargée d'établir des devis et de concevoir des sites pour le développement d'un contenu prioritaire sur les inforoutes du Burkina. Ces mêmes agences pourraient ensuite créer une mini-filiale en Europe chargée de prospecter les entreprises en proposant un service de création multimédia. La structure européenne prendrait en charge la gestion de projet et l'interface avec le client et l'agence burkinabé développerait graphisme et structure technique.

Cette " prise en main " par le Burkina du développement commercial de son activité dans le domaine des TIC, permettrait au pays d'acquérir une reconnaissance de ses compétences et lui assurerait à terme de se positionner comme un sous-traitant des pays du Nord dans le domaine de l'internet. Cela pourrait également, à terme, ouvrir la voie à un développement plus global.

b) Développer des compétences correspondant aux besoins de la sous-traitance

(1) Le développement des compétences en infographie

Nous avons vu précédemment que les compétences en infographie étaient pour l'instant relativement rares au Burkina Faso, leur développement est important car ces techniques sont au centre de la communication numérique des entreprises des pays riches.

La maîtrise de la technologie flash est notamment devenue incontournable dans les pays occidentaux et il serait utopique de vouloir prospecter les marchés de la communication des pays riches sans disposer d'une main d'œuvre qui connaisse parfaitement cette technologie.

Le développement d'une stratégie de sous-traitance passe donc d'abord par une formation adaptée de la main d'œuvre au Burkina Faso. Cela implique notamment l'acquisition de compétences graphiques et l'étude des standards graphiques occidentaux.

(2) Les langages de programmation

Les compétences en programmation sont plus répandues au Burkina Faso : l'ESI, excellente école, forme des ingénieurs de bon niveau qui sont capables de réaliser des programmes de qualité et d'adapter facilement leurs compétences à la conception web.

Le bon niveau de cette formation et la multiplication des ressources universitaires en ligne, pourraient être mis à profit pour effectuer une veille permanente sur les évolutions technologiques et pour acquérir systématiquement une avance sur les autres pays. L'apparition du langage XML aurait par exemple pu permettre au Burkina Faso de posséder un avantage comparatif s'il avait rapidement mis en place une stratégie dans ce sens. L'utilisation de ce langage a en effet mis près de 4 ans à se généraliser, ceci alors que son potentiel était connu depuis plusieurs années.

Observons, pour finir, le cas du Sénégal qui a su développer un service efficace de sous-traitance informatique.

c) Le cas du Sénégal

Le Sénégal représente un exemple intéressant d'un pays d'Afrique de l'ouest francophone lancé sur le marché mondial des offres de services issues des NTIC .

Dans une étude intitulée Le développement du commerce électronique en Afrique : le cas du Sénégal , Abdoulaye Ndiaye, chercheur, définit les téléservices comme " toute prestation de services à valeur ajoutée, entre entités juridiques distinctes, utilisant les outils de communication ".

Cette étude nous apprend que plusieurs structures ont déjà été créées au Sénégal et se développent au gré d'une demande de plus en plus précise et pointue. Certaines sociétés se sont spécialisées dans leurs offres et ont créées des structures spécialisées dans un secteur donné. C'est le cas par exemple de la société "Mastercad" créée pour satisfaire la demande en Conception assistée par ordinateur (Cao) et Dessin assisté par ordinateur (Dao). Cette société s'est notamment consacrée à la numérisation de plans.

Une autre société, Téléservices S.A. dont la Sonatel détient 34% du capital, offre des services de télésaisie de documents et d'informations juridiques sur le système judiciaire sénégalais. Téléservices S.A. collabore avec de grandes multinationales de l'informatique.

Une autre entreprise de téléservices, Alphacad, reprend, grâce à un logiciel de dessin assisté par ordinateur, de vieux plans d'architecture de la France qui avaient été dessinés, à l'époque, à la main, et les envoie par la voie électronique sous forme de fichiers. L'entreprise Pictoon S.A. réalise des dessins animés pour des clients européens tandis qu'Africa Net fait la télésaisie d'horoscopes pour des clients français qui les publient sur l'internet et sur le minitel.

La société Addaxim offre une solution intranet aux entreprises. Elle offre également un système de câblage réseau susceptible de combiner la voix, les données, l'image et l'énergie.

Modou Diouf , responsable de la formation et du Campus numérique de Dakar a réalisé une étude qui classe ces téléservices en cinq grandes catégories :
- Téléservices d'information et de médiation (téléservices de courtage et médiation téléinformatique ;
- Téléservices de compensation, catalogues électroniques, etc) ;
- Téléservices fonctionnels (télésecrétariat, télésaisie, télétraduction, téléinterprétariat, téléconseil, télégestion, etc) ;
- Téléinformatique (téléingénierie, téléassistance technique, télédéveloppement de logiciels, téléarchivage, etc) ;
- Télégestion, télésurveillance d'équipement ou de réseaux (télésurveillance et télégestion des équipements de chauffage et climatisation, télésurveillance des ascenseurs, télégestion des réseaux d'eau, d'électricité, de gaz et d'éclairage public, etc).

Le gouvernement a tenu un conseil interministériel en juillet 1999 en vue d'examiner les voies pour promouvoir les téléservices au Sénégal. Plusieurs décisions ont été prises, notons par exemple l'éligibilité des entreprises de téléservices au régime des entreprises franches d'exportation qui leur confère des avantages fiscaux et douaniers, la dotation du Conseil supérieur de l'industrie de moyens financiers et techniques pour faciliter la certification des entreprises de téléservices aux normes ISO 9000, etc.

L'existence d'une forte diaspora à travers le monde représente en outre un atout important car elle a permis de favoriser les contacts entre l'offre et la demande.

Les acteurs de l'industrie de l'information sénégalaise insistent maintenant pour qu'un certain nombre de contraintes soient levées afin que le Sénégal soit prêt à répondre au maximum de sollicitations.

Ces contraintes résident notamment dans "le coût des télécommunications et notamment le système de tarification actuellement en vigueur qui est proportionnel au temps de connexion et qui n'offre aucun choix de paiement d'un montant forfaitaire mensuel et enfin qui n'offre aucune différenciation entre un appel téléphonique local et une connexion Internet". Ces coûts élevés de la communication sont dissuasifs pour les usagers, maillon essentiel de la chaîne des téléservices. Au plan des outils et des coûts, on peut noter également "l'absence de culture technologique, la faiblesse du taux d'équipement informatique, la méconnaissance des possibilités offertes par les téléservices, le coût élevé des équipements, de la maintenance et, parfois, la mauvaise qualité de l'énergie électrique".

Au plan institutionnel, les obstacles au développement des téléservices résident dans l'existence de trop nombreuses structures et d'un manque de coordination dans la mise en œuvre de la politique nationale. Les acteurs notent également l'absence d'une promotion du Sénégal, non plus seulement comme une destination touristique mais aussi comme un pays de services.

Ces différentes actions, ajoutées à un potentiel significatif notamment lié à l'avance certaine du Sénégal sur ses voisins dans le domaine industriel et commercial, ont permis au pays d'acquérir un statut reconnu bien qu'encore naissant dans le domaine des téléservices informatiques.

 

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