C. Au delà des enjeux liés à la société de l'information, les NTIC sont porteuses en elles-mêmes d'opportunités économiques pour le Burkina Faso

En premier lieu, les opportunités offertes par les NTIC nécessitent de développer une industrie de l'information. Nous allons voir en effet que l'information est porteuse d'un marché lucratif. Nous nous attarderons notamment sur le développement de logiciels pour le compte des pays industrialisés, très demandeurs de main d'œuvre qualifiée dans le domaine informatique.

1. La nécessité de développer une industrie de l'information

Il est impératif pour le Burkina Faso, comme pour la plupart des autres pays d'Afrique subsaharienne, que l'entrée dans la société de l'information ne s'effectue pas qu'en tant que consommateur des produits de l'information distribués par les pays du Nord. Nous avons déjà vu que la production d'un contenu francophone et africain présentait un enjeu important pour la région. Mais avant même les enjeux de long terme représentés par l'insertion du Burkina dans la société de l'information et par le développement d'un contenu francophone, le développement des compétences en production multimédia destinés au marché international pourrait représenter en elle même une source de revenu conséquente pour le pays.

a) L'information : un marché porteur

Comme le souligne François Ossama dans Les nouvelles technologies de l'information, enjeux pour l'Afrique subsaharienne , les investissements dans le secteur de la conception Internet, sont en général moins lourds que dans l'industrie et donc plus accessibles aux opérateurs économiques africains. Il évoque l'exemple des pays asiatiques. Des pays comme Taiwan regroupent de très nombreuses petites entreprises d'à peine 100 personnes qui produisant des milliers de cartes mères par mois. Ces entreprises investissent plus de 5% de leur bénéfice net dans la recherche ce qui leur permet de rester compétitive et de concurrencer les entreprises occidentales.

La production de matériel n'est cependant pas le créneau le plus adapté à l'Afrique. Nous insisterons plutôt, sur la production de logiciels et de supports multimédias (sites web, Cdrom). Ces dernières productions se résument davantage à de la créativité. C'est ce qui explique selon François Ossama que de nombreux programmes ont été développés par des étudiants avant d'être récupéré par les grands éditeurs comme Microsoft.

b) L'externalisation de la programmation par les pays riches

Le marché de " l'offshore programming " mérite une particulière attention. Ce terme désigne le procédé par lequel les grands éditeurs comme Oracle ou Microsoft, sous-traitent à des sociétés de pays en développement, l'écriture ou la traduction de leurs logiciels.

L'Inde représente un exemple particulièrement réussi de pays qui a su attirer les investissements pour le développement de logiciels. Ainsi la ville de Bangalore dans l'Etat de Karnataka a plus en commun avec la Sillicon Valley américaine qu'avec les quartiers pauvres de calcutta. Les très nombreuses entreprises informatiques développent pour l'essentiel, des logiciels pour le compte des plus grandes entreprises occidentales. En 1996, le pays avait exporté pour 600 millions de dollars de logiciels informatiques. En 2001, les exportations ont atteint 2,5 milliards de dollars.

Il est intéressant dans cette logique de noter que le Burkina Faso avec des coûts de main d'oeuvre extrêmement faible pourrait s'introduire dans les énormes marchés de la sous-traitance informatique. La saisie de données représente à elle seule un marché de trois milliards de dollars par an.

c) Le développement d'une image qualitative et l'attrait des investisseurs

A terme, la qualité des développements et l'habitude de la sous-traitance peut représenter pour le Burkina Faso, une chance de présenter une nouvelle image internationale globalement positive de partenaire intéressant dans le domaine de la sous-traitance de services.

Michel Roussin, ancien ministre de la coopération intervenant dans Le Monde , posait la question suivante : " Comment donner confiance aux investisseurs étrangers quand les entrepreneurs locaux ne croient pas réellement en l'avenir de ce continent ? "

Pour y parvenir, il est selon lui nécessaire que l'intégration régionale soit forte et reconnue. Ce qui implique d'établir " des priorités dans le transfert de souverainetés nationales au niveau régional : en créant, comme cela a été fait en Europe, une agence susceptible d'assurer la gestion d'infrastructures régionales ; en encourageant les initiatives visant à harmoniser l'environnement des affaires au niveau régional ; en créant une structure régionale de négociation sur les questions multilatérales, à l'image de la Regional Negociation Machinery des Caraïbes.

L'investissement étranger constitue avec l'investissement local l'élément moteur de la croissance et de l'emploi. Le secteur privé africain doit s'approprier la technologie la meilleure et investir lui-même sur le continent. Comment donner, en effet, confiance aux investisseurs étrangers quand les entrepreneurs locaux ne croient pas réellement en l'avenir de l'Afrique ? Les conditions essentielles pour atteindre cet objectif : mettre en place un environnement politique, juridique et financier stable ainsi qu'une administration efficace, pour assurer le fonctionnement d'un Etat de droit qui donne une visibilité de long terme aux investisseurs ; fixer l'épargne locale en s'attaquant à la fuite des capitaux, à la corruption, et améliorer les structures financières en favorisant la création ou en renforçant les marchés de capitaux locaux existants ; concentrer l'APD sur des projets significatifs, viables et ayant un impact visible ; redéfinir les conditions du partenariat public-privé (PPP) ; diffuser une image positive de l'Afrique ; donner une priorité à la formation professionnelle ; conduire des actions d'envergure en faveur de l'intégration du secteur informel dans l'économie ".

Michel Roussin précise en outre que " la mise en place des infrastructures de communication entre tous les pays d'Afrique est un impératif pour la croissance et la valorisation des richesses. Dans ce domaine à forte intensité capitalistique exigeant un savoir-faire pointu, rien ne pourra se faire de manière durable sans une concertation étroite entre le secteur privé, les bailleurs de fonds et la puissance publique ".

L'ancien ministre conclue enfin son intervention en affirmant que " l'Afrique recèle d'immenses potentiels de croissance. Pour les concrétiser, il faut créer les conditions qui permettent l'émergence d'un tissu d'entrepreneurs locaux et de tirer les bénéfices de la croissance mondiale. Les pays d'Afrique nous proposent aujourd'hui un mode de coopération qui n'est plus celui de la simple main tendue. Nous devons y répondre par un contenu approprié, en osant aller au-delà du débat sur le taux de contribution par rapport au PIB des pays riches ".


Penchons nous maintenant sur les conditions de mise en œuvre de la sous-traitance informatique en insistant en premier lieu sur la nécessité d'une démarche de prospection puis sur les efforts à effectuer nécessairement dans le domaine de la formation. Nous examinerons pour finir le cas du Sénégal, exemple réussi d'une activité de téléservices en Afrique de l'ouest.

 

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