2. Quel contenu burkinabé sur le web ?

a) Posséder ses propres structures et ses services adaptés

Le Burkina Faso doit développer ses propres structures et ses services pour des utilisations adaptées au contexte africain. L'exemple du courrier électronique illustre cet enjeu.

Les internautes du Burkina Faso, nous l'avons vu, utilisent principalement le courrier électronique sur l'internet. Rares sont ceux qui possèdent leur propre email hébergé chez leur FAI ; la majorité utilisent les services de sites web comme Yahoomail ou hotmail. Cela amenait en juin 2001 Sylvestre Ouédraogo à attirer l'attention sur les risques liés à ce type d'utilisation. Il affirmait ainsi sur le site FING.ORG, " il y a un problème que l'on oublie souvent : chez nous il n'y a pas d'internet local. Toutes nos données sont stockées à l'extérieur, aucune dans le pays ! Si une boîte de messagerie type Hotmail tombe en panne, c'est foutu. Au moindre problème on perd tout ".

Cela a conduit à la création du service Wanadougou webmail, qui permet le stockage burkinabé du courrier burkinabé. Cet exemple illustre la nécessité de développer certains services et d'impliquer d'avantage le Burkina Faso dans la gestion des infrastructures de l'internet.

b) Définir des secteurs prioritaires

(1) A qui s'adresse le contenu web du Burkina Faso ?

Avant tout, nous avons déjà montré que l'utilisation de l'internet ne va pas dans le sens de la culture orale du Burkina Faso. L'information burkinabé sur le web ne doit donc être envisagée que comme un complément exhaustif à une information déjà connue, mais en aucun cas comme l'unique canal d'information sur un sujet donné. Cela rend difficile pour l'instant la mise en place de systèmes d'informations partagés sous la forme d'intranet par exemple. Ces derniers sont déjà difficiles à faire fonctionner dans les pays occidentaux de " culture écrite " et il serait périlleux d'investir dans des " gadgets " non utilisés dans la pratique.

Sur le court terme, les internautes occidentaux peuvent constituer une cible pertinente pour le développement de sites burkinabé sur le web. En effet, les principaux enjeux de court terme pour le Burkina résident dans la valorisation du savoir-faire, de la main d'œuvre ou de la culture du pays auprès des pays riches.

(2) Les secteurs qui doivent être favorisés

Plusieurs secteurs peuvent être valorisés en priorité et bénéficier par exemple d'une aide de l'Etat pour le développement de leur contenu web. Notons par exemple le tourisme qui représente un important potentiel économique pour le Burkina Faso. Un portail des hôtels existe mais l'information n'est pas tenue à jour et le site est très mal référencé. Il est dommage que cette information, cruciale pour les touristes, ne gagne pas en visibilité.

La promotion des produits industriels, artisanaux et agricoles mérite également d'être favorisée, la plate forme commerciale initiée par le Trade point doit être développée d'avantage et être mise plus en avant par le gouvernement. D'une manière générale, la réalisation technique d'une plate-forme d'information ou d'un site web ne constitue que tout au plus 50% du travail, le lancement et le décollage fonctionnel doit catalyser autant de volontés si ce n'est plus.

L'utilisation de la technologie web dans une perspective de recherche médicale et peut également être envisagée dans le cadre d'une coopération sous-régionale.

Enfin, la promotion des artistes et de la culture du Burkina peut permettre de développer des opportunités intéressantes pour le pays. La notoriété de ces artistes à l'étranger provoquera notamment des retombées touristiques à terme.

c) Rendre visibles les créations multimédia

(1) Le poids du référencement

On estime le nombre de pages sur Internet à plusieurs milliards. Le fait de proposer un contenu ne peut donc être considérée comme une fin en soit, il s'agit de lui donner ensuite une visibilité. Le référencement des créations sur les moteurs et annuaires est, en ce sens, indispensable.

(2) La capitalisation de la visibilité sous la forme de réseaux et de portails

La création de portails est une stratégie classique pour assurer la visibilité de contenu sur la toile. Dans le cas du Burkina Faso, il semble évident que la publicité ne peut être une source de financement pour la création d'un portail. Les médias classiques souffrent déjà de la rareté des investissements publicitaires, ceci alors qu'ils touchent une part beaucoup plus large de la population.

Le développement de stratégies de portail résultera donc d'une recherche de notoriété (comme l'a fait par exemple l'entreprise CENATRIN) ou d'une volonté de développer un espace public national sur l'internet (comme l'a fait Younoussa Sanfo avec son site Burkinet).

Il est inévitable que les entreprises cherchent à améliorer leur positionnement sur le marché et qu'elles usent dans cette logique de stratégies favorisant leur notoriété ; mais dans le cas des portails développés dans l'intérêt commun (tel burkinet), nous incitons à limiter le nombre d'initiatives et à capitaliser sur une expérience réussie.

(3) La création d'une liste officielle des contenus d'intérêt général

La visibilité importante de certains contenus du web burkinabé permettrait de favoriser l'intérêt général des burkinabé. La création d'une liste de sites présentant un caractère d'intérêt général comme le Trade Point, le site du Fespaco, le site de coordination des ONG et d'autres expériences réussies, permettrait de donner un supplément de visibilité aux sites qui correspondent à la stratégie de développement de l'internet du pays.

La rareté du contenu burkinabé est là encore une chance : le site du gouvernement burkinabé arrive systématiquement bien placé sur les moteurs de recherche. Une page de ce site pourrait ainsi être consacrée à la mise en avant de cette liste en insistant sur le l'intérêt général présenté par les sites concernés.

(4) La mise en place d'une charte technique de création multimédia

Une véritable coopération entre les différents acteurs pourraient également passer par la mise en place d'une charte technique de création multimédia permettant une intégration facilité de chaque nouveau site dans un portail pré-existant. Il suffit pour cela que toutes les pages soient " optimisées en pourcentage " et que les menus soient intégrés en " include " sous forme de bandeaux. L'utilisation de normes graphiques comme un fond blanc et un minimum d'images va également dans ce sens.

Cette charte technique permet d'intégrer l'information facilement dans un portail tout en respectant le souhait légitime ou non des acteurs de valoriser leur propre action sur leur propre site.

Ce travail de recherche sera publié sur l'internet dans cette logique.

Penchons nous maintenant sur les moyens d'assurer un développement rapide de la toile burkinabé. La diminution des coûts et la création d'une agence nationale de la création multimédia nous semble notamment des objectifs prioritaires.

 

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