B. Entre Francophonie et présence du Burkina dans la société de l'information : comment favoriser la création de contenu burkinabé sur le web ?

Les risques liés aux fantasmes des entrepreneurs face à un média en apparence " magique ", sont importants. Il convient d'éviter le mimétisme et les entreprises doivent faire preuve de retenue.

1. Les risques des fantasmes et des utopies pour les entrepreneurs

a) Ne pas construire de contenus " à l'occidentale "

Face à l'avènement d'un nouvel outil de communication qui permet, chose rare, de communiquer du Sud vers le Nord, les risques sont grands de voir survenir des fantasmes sources de dépenses inconsidérées.

Les entrepreneurs burkinabé doivent se méfier des services " à l'occidentale " ; le public cible n'est pas le même, le nombre d'internautes diffère également. Le modèle d'un financement par la publicité n'est, par exemple, pas un modèle adapté au contexte africain (pas assez de public notamment). On peut cependant se demander également si ce modèle est adapté à l'Europe elle-même. Les nombreuses faillites de " start up " lancées dans le secteur de l'internet à la fin des années 90 ont introduit un doute légitime sur ce point.

Nous avons pu noter que de nombreux sites burkinabé proposaient des insertions publicitaires, nous nous permettrons de douter de l'intérêt de cette démarche au vu du faible nombre d'internautes burkinabé. Le mimétisme n'est certainement pas souhaitable, il est indispensable que le Burkina exploite ses singularités et crée un contenu adapté à son contexte

Les questions sous-jacentes à tous projets de site web dans le secteur privé doivent être tout d'abord celle de l'intérêt du projet puis celle de sa rentabilité.

Ces questions sont en fait identiques dans tous les domaines d'activité et il n'existe aucune raison pour que l'Internet fasse exception au principe. Cependant les nombreux fantasmes issus du média peuvent provoquer des décisions irrationnelles.

b) Illustration du principe

(1) Un commerçant de Ouagadougou

Le site de l'agence Syfia International rapporte un exemple qui illustre parfaitement les dépenses inconsidérées consécutives aux fantasmes qui règnent parfois autour des nouvelles technologies au Burkina Faso.

Il cite l'exemple d'un commerçant de Ouagadougou qui possède un site web réalisé en 1998 par le CENATRIN. L'activité du commerce consiste à vendre des produits alimentaires tels que le riz, le sésame et le karité.

L'article, ironique, évoque l'adresse web erronée qui apparaît sur la carte de visite du commerçant. Cette erreur, loin d'être anecdotique, est révélatrice d'une méconnaissance totale du média. En février 2000, le commerçant ne possédait toujours pas de connexion Internet et n'avait jamais envoyé ni reçu le moindre courrier électronique. Son site web présente un bon de commande en ligne, mais ni les références ni les tarifs des produits ne sont indiqués et le commerçant n'a jamais reçu la moindre commande.

Le commerçant en question a déboursé en 1998, 1,6 millions de francs CFA pour l'achat de son site (2 439 euros).

Ce cas ne reflète pas l'état d'esprit de tous les entrepreneurs du Burkina Faso, mais nous avons pu constater que la méconnaissance du média et de son impact réel étaient fréquemment sources de dépenses exagérées. Un autre cas, à Bobo-Dioulasso, vient illustrer également ce principe.

(2) Un hôtelier de Bobo-Dioulasso

En octobre 2001, un hôtelier de Bobo-Dioulasso discutait d'un projet de site web avec un concepteur web français. Le concepteur français proposait un prix de 200 000 F CFA pour la réalisation d'un site web plaquette pour l'hôtel (304,9 euros). L'hôtelier, ne comprenant pas que le prix était annoncé en francs CFA et réagissant donc par rapport à un prix de 200 000 francs français, envisageait sérieusement le contrat, mais négociait tout de même en demandant une réduction du prix de moitié. Il envisageait donc de payer un site web " plaquette " 100 000 francs français, soit approximativement le double du prix qui serait proposé en France pour le même service. Comprenant finalement son erreur, l'hôtelier s'est exclamé : " Je signe tout de suite : à ce prix là ce n'est plus de la coopération, c'est du social ! ".

Cela reflète parfaitement la combinaison des fantasmes et des coûts trop élevés de la conception web dans le pays. En effet, un hôtelier de Bobo-Dioulasso peut il espérer réellement un retour supérieur aux 200 000 F CFA investis ? La question mérite d'être posée.

Cependant, ces considérations comportent une forte part de subjectivité dans la mesure où elles résultent uniquement d'une connaissance intuitive du web et du marché du tourisme au Burkina Faso.

Après avoir désigné les services que le Burkina Faso doit absolument assurer, nous allons maintenant examiner le type de contenu que le Burkina Faso doit créer en priorité avant d'insister sur la visibilité des créations.

 

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