4. Développer les compétences " utilisateur "

a) Impliquer le monde associatif et élaborer un plan de coordination

Les besoins en formation de l'Afrique sont considérables et s'expriment dans de nombreux domaines. Le manque de formateurs est réel et il représente le problème central du développement des compétences. Le site burkinet.com nous apprend ainsi que " le gouvernement du Burkina Faso a annoncé vendredi que quelque 1.100 enseignants manquaient dans les établissements secondaires par rapport aux besoins en effectifs pour l'année scolaire 2002/2003. "Si dans une classe qui est censée avoir cinq enseignants, vous n'en avez que deux, il est évident qu'ils ne peuvent pas enseigner l'ensemble des plages horaires prévues pour cinq personnes", a déploré le ministre burkinabè des Enseignements secondaire et supérieur, Laya Sawadogo, au cours d'une conférence de presse à Ouagadougou. "Cette situation a une répercussion sur le rendement de l'enseignement", a ajouté M. Sawadogo, qui tient "la déperdition des enseignants et la construction anarchique d'établissements" pour responsable de ce déficit ".
Il conviendrait donc dans cette logique de mobiliser l'ensemble des ressources humaines de bonne volonté.

Sans doute serait-il souhaitable de publier un " livre blanc " des actions de formation prioritaires ou de mettre en ligne un site qui aiguillerait les associations sur les besoins en formation du pays.

D'une façon générale, la création d'une structure d'information à l'intention des associations serait souhaitable. Elle permettrait de faciliter les actions et de concentrer les investissements sur les aspects les plus importants du développement des compétences.

b) Former des formateurs

La formation de formateurs est une solution au manque de main d'œuvre dans la formation. Cependant cela ne peut être effectué que dans un cadre matériel et social qui assure la pérennité des formations et l'exploitation des compétences acquises. La formation de formateur doit donc s'inscrire dans un projet global bien défini.

c) Mener des action de sensibilisation et initier le plus tôt possible les élèves à l'informatique

Il est indispensable que des actions de sensibilisation telle que la fête de l'Internet continue à être réalisée afin que la population prenne conscience du potentiel offert par l'internet. L'exemple du " chat " mis en place par l'association Edukafaso entre Bobo-Dioulasso et un collège de Seine et Marne mérite d'être à nouveau souligné comme une illustration d'une action efficace de sensibilisation.

Parallèlement il est nécessaire de conduire des actions de sensibilisation dans les écoles et de fournir à ces dernières des équipements informatiques et un accompagnement éducatif afin d'habituer les élèves le plus jeune possible à utiliser ces outils.

d) Capitaliser les expériences

(1) Pourquoi capitaliser ?

Le nombre de formations menées au Burkina Faso est déjà conséquent. Ainsi une recherche rapide sur le web permet de découvrir plusieurs témoignages de formateurs qui présentent leur action et évoquent les aléas de leurs expériences. Il peut s'avérer très intéressant de " décortiquer " le contenu de chacun de ces rapports afin d'en conserver l'essence et d'améliorer progressivement la pertinence des interventions autant sur le fond que sur la forme.

L'examen d'un témoignage d'une jeune femme intervenant pour le compte de la Francophonie et pris au hasard de la toile permet par exemple de dégager certains éléments :

(a) Des conditions précaires d'enseignement

La jeune femme, d'origine canadienne, fait d'abord part de sa surprise quant aux conditions matérielles d'enseignement :
" Je suis arrivée alors que les locaux n'étaient pas aménagés et les ordinateurs, toujours dans leurs boîtes.
Étant contrainte à un seul ordinateur et un branchement Internet turbulent, je donnais la formation aux abonnés sur une base individuelle ou en groupe de deux personnes. Parfois, il y avait deux participants, mais 5 ou 6 personnes nous entouraient pour écouter. "

(b) La difficulté de planifier la formation

Les aléas du Burkina rendent toute planification très difficile, la formatrice fait ainsi part du fait qu'elle n'a pas pu aborder la formation telle qu'elle l'avait imaginé :

" Lors de notre formation pré-départ du Canada, on nous avait avertis que nos attentes, nos objectifs, notre plan de travail changeraient sans doute pour s'adapter aux réalités du terrain. Je sous estimais à quel point mes tâches en tant que formatrice seraient variées.
La formation telle que je l'avais anticipée, n'a pas eu lieu. Toutefois, j'ai travaillé pour aider les gens en tenant compte de leurs connaissances et aptitudes en informatique. J'ai côtoyé des internautes de tous les niveaux : à la fois des gens qui avaient peur de l'ordinateur et des gens qui en connaissaient beaucoup plus que moi. "

(c) Des repères culturels différents qui rendent l'enseignement plus difficile

Enfin, les différences culturelles rendent l'enseignement difficile car les métaphores ne sont pas toujours explicites :

" Je donnais souvent des exemples pour illustrer des notions ou des concepts de l'informatique. Parfois, je me rendais compte que mes exemples étaient pertinents dans un contexte nord-américain, mais avaient comme résultat d'assombrir les choses pour les Burkinabé. Ce fut tout un défi d'imaginer des exemples pertinents pour illustrer des concepts qui leur sont complètement étrangers.
Un jour, j'assistais un élève à créer une adresse de courriel. Le concept du mot de passe lui étant complètement nouveau, j'ai voulu lui donner un exemple. Je lui ai expliqué l'utilité d'un mot de passe en lui donnant l'exemple du mot de passe au guichet automatique dans une banque. Il est inutile de vous dire que mon exemple n'a pas éclairé mon ami.

Au début, j'ai eu du mal à vraiment saisir s'ils avaient compris. Par contre, il a été intéressant de constater que les gens étaient de plus en plus à l'aise avec moi au fur et à mesure qu'on se voyait, car ils posaient de plus en plus de questions. Parfois, j'étais émerveillée qu'un abonné ait compris une manipulation ou un concept du premier coup, alors qu'il avait du mal à comprendre une notion que moi je considérais plus simple. "

(2) Comment capitaliser ?

La capitalisation des expériences est essentielle. Elle pourrait par exemple prendre la forme d'un site web dédié à la formation au Burkina Faso et autorisant une animation participative sur le modèle de SPIP.

Nous encourageons dans cette logique, l'association NTBF, qui a effectué un premier pas déterminant dans le sens d'une capitalisation des expériences, d'une implication commune franco-burkinabé et qui utilise SPIP comme technique de communication.

Il nous semble essentiel que ce travail de mise en commun, soit transversal et permette l'accumulation de connaissances autant du côté des associations que de celui des professionnels.

Interrogeons nous enfin sur les moyens de financer ces ambitieux investissements. De la taxe sur les brevets proposée par Philippe Quéau à la taxe sur les bénéfices apportés par les NTIC aux pays riches suggérée par Pascal Renaud, plusieurs solutions existent.

 

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