3. Favoriser l'accès à l'Internet

a) Le coût de l'accès à Internet en question

(1) Le coût des communications téléphoniques pour les fournisseurs d'accès à Internet concurrents de l'ONATEL

L'ONATEL est l'opérateur national de télécommunications mais l'office est également le plus important fournisseur d'accès à l'internet du pays. Ce double statut lui donne un avantage comparatif par rapport à la concurrence qui mérite d'être signalé. L'ONATEL, en ne donnant pas à la concurrence les avantages dont elle profite, empêche la baisse des prix d'accès à l'internet dans le pays. Hormis à Ouagadougou, les prix sont ceux du plus cher des opérateurs, c'est à dire ceux de l'ONATEL.

Effectivement, alors que l'ONATEL offre, par le biais du numéro 1150, un tarif unique de télécommunication dans tout le pays pour l'accès à l'internet (au prix d'une communication locale), elle ne reconnaît pas à ses concurrents la possibilité de profiter également d'un numéro d'accès à tarification spéciale.

Cette situation empêche la concurrence d'offrir un service dans les zones du Burkina Faso dont le potentiel commercial n'est pas suffisant pour permettre qu'un opérateur loue une ligne spécialisée.

Nous soulignerons sur ce point qu'il est uniquement question de volonté politique. Ce qui peut cependant se comprendre facilement au vu du niveau important des recettes issues de l'Internet pour l'ONATEL qui reste pour encore quelques mois une société d'Etat.

(2) Le coût d'une ligne spécialisée

Selon le site web de l'ONATEL, un accès permanent à Internet par une ligne spécialisée à 64 Kbps représente, hors frais de mise en service, un coût mensuel de 1 003 000 Fcfa (soit à peu près 1500 euros / mois). Si l'on ajoute à ce prix celui de " location vente modem série synchrone " qui représente un coût de 94.400 francs CFA mensuel, la location d'une ligne spécialisée coûte approximativement 1 100 000 francs CFA chaque mois.

Ce coût, fixé par l'ONATEL, dépasse légèrement le prix moyen d'une ligne spécialisée 64 Kbps en Afrique qui est, selon François Ossama, de 800 000 F CFA .

Le coût d'une ligne spécialisée rend très difficile le développement d'un accès à Internet bon marché, fiable et rapide.

Une projection sur l'amortissement d'une ligne spécialisée par un cybercafé donne une idée limpide de la difficulté de développer ce service sans l'amortir en parallèle avec une activité de FAI.

En effet, si l'on considère un cybercafé possédant cinq ordinateurs, louant un local et une ligne spécialisée à 64 Kbps. Le chiffre d'affaire mensuel nécessaire pour atteindre le seuil de rentabilité peut être estimé approximativement (hors frais financiers et salaires) de la façon suivante :
- 1 ordinateur coûte environ 1 200 000 F CFA. En amortissant chaque ordinateur sur 5 ans, l'amortissement mensuel total sera d'environ 100 000 F CFA.
- La location d'un local en centre ville de Ouagadougou ou de Bobo-Dioulasso peut être estimé à environ 100 000 F CFA par mois.
- La location de la ligne spécialisée coûte 1 000 000 FCFA par mois.
Le total, hors frais financiers et hors salaires, peut donc être évalué à près de 1 200 000 F CFA par mois.

Le coût d'une heure d'Internet dans un cybercafé étant de 1000 FCFA, il est nécessaire pour amortir les charges que le cybercafé ait chaque mois, un minimum de 1200 heures d'activité. Ce qui signifie que chaque ordinateur doit être occupé 9,6 heures par jour, toute l'année, avec une journée de fermeture hebdomadaire. Cela, nous le rappelons, sans salaires, ni frais financiers.

On peut dès lors facilement constater qu'un cybercafé ne peut amortir une liaison spécialisée sur une seule activité. Cela explique d'une part le faible nombre de cybercafés (quoi que croissant) qui disposent d'une liaison spécialisée et d'autre part que très peu d'entrepreneurs se contentent de fournir l'accès à l'internet et multiplient les activités afin d'amortir les coûts fixes de location de la ligne. Nous avons évoqué précédemment le cybercafé de Sylvain Zongo, également FAI, ce cas de figure illustre parfaitement notre propos.

b) Pour une appropriation progressive des NTIC dans le monde rural : la création de postes de médiateurs

L'Afrique des villages peut-elle être laissée sur le bord des inforoutes ? Il est vrai que les obstacles apparaissant dans les zones rurales semblent souvent infranchissables. Nous avons tracé précédemment un panorama des conditions nécessaires à l'utilisation de l'internet. Cet outil nécessite notamment un niveau d'alphabétisation très éloigné des réalités du monde rural ; il implique également une appropriation technique inenvisageable à court terme ; il nécessite enfin des infrastructures et un équipement onéreux.

Le principe de réalité nous force à nous interroger sur les modalités que pourraient prendre l'implantation des NTIC en zone rurale. Les nombreuses questions posées par la simple arrivée du téléphone chez les Sanan du Burkina Faso nous amènent à douter de la possibilité d'introduire l'internet dans les campagnes.

Cependant, le succès d'opérations telles que DEVENET ou le constat effectué par de nombreux chercheurs des avantages offerts par les télécommunications en matière de développement économique du monde rural, soulignent la nécessité de faire entrer l'Afrique des villages dans la société de l'information.

Comment concilier ces principes antagonistes ? Le développement des postes de médiateurs au Sénégal mérite qu'on s'y arrête. Annie Chéneau-Loquay et Pape N'diaye Diouf évoque dans Disponibilités et usages des technologies de la communication dans les espaces de l'échange au Sénégal , le cas d'un médiateur à Sandaga, le grand marché du centre de Dakar. Babacar Diop a installé une petite entreprise de conseil et de formation en communication dans un nouveau centre commercial à côté du grand marché. Son entreprise dispose d'une connexion à l'internet. Il a ouvert des boîtes aux lettres électroniques aux commerçants et les informe à partir d'informations trouvées sur le web. Il a par exemple évité à l'un d'eux de se rendre à Hong-Kong en lui fournissant les renseignements dont il avait besoin.

Ce type de services pourrait se développer et créer des emplois privés dans les contextes ruraux qui réuniront suffisamment de demande pour permettre une activité rentable. Une adaptation de cette fonction de médiation à une logique d'action publique, pourrait également être envisagée dans les autres situations. Soulignons que ce principe de médiation est utilisé en France depuis plusieurs années.

c) Le cas du Sénégal : le développement des cabines téléphonique et des télécentres

Au Sénégal, un politique de développement des télécentres a permis d'accroître considérablement la télédensité et de développer de la sorte un maillage de télécommunication favorable au développement des NTIC.
En milieu rural, la SONATEL (opérateur public de télécommunication du Sénégal) a installé gracieusement des cabines téléphonique et en à confié la gérance aux chefs des communautés rurales concernées. En moyenne, deux milliards de francs CFA sont investis annuellement dans les zones rurales, soit environ 15% des investissements annuels. L'objectif est de mettre le téléphone à moins de 5 km de tout citoyen. Les recettes de ces infrastructures rurales ne couvrent cependant pas les charges d'amortissement d'exploitation mais la SONATEL remplit parfaitement sa mission de service public. A terme, l'existence de lignes téléphoniques pourra être exploitée pour des accès à l'Internet.
Parallèlement, en milieu urbain, des autorisations ont été délivrées à des personnes physiques pour qu'elles ouvrent et exploitent des petits centres de télécommunication appelés " télécentre privé ". Le projet avait débuté en 1992 avec l'installation de 4 télécentres et a rapidement pris une ampleur étonnante.

Gaston Zongo note que cette " politique de développement des télécentres contribue à améliorer les conséquences néfastes de la faible densité téléphonique et de la mauvaise productivité du secteur africain des télécommunications, en corrigeant un tant soit peu leur impact, et peut, moyennant une analyse plus poussée, permettre une meilleure connaissance de la structure de la clientèle (élément important de la planification). Enfin les télécentres, après avoir rendu le téléphone populaire, peuvent servir de points d'accès aux autoroutes de l'information. S'ils sont organisés et conseillés, les exploitants des télécentres pourraient, avec les profits réalisés, investir en équipements adéquats, pour se connecter à l'Internet, servir de centres de consultation et d'hébergement pour les PME/PMI, les artisans et autres clients individuels pour de nombreux services à valeur ajoutée et intensifier leur impact socio-économique et financier pour une actualisation sur l'offre de service ".

Le Burkina Faso a approché le Sénégal pour tirer profit de son expérience et les télécentres sont de plus en plus nombreux au "pays des hommes intègres", notamment à Ouagadougou.

Assurer l'alphabétisation, l'informatisation, le développement des infrastructures et des points d'accès ne sera pas suffisant si la population ne dispose pas des compétences qui permettent de découvrir les nouveaux océans du savoir. Cette appropriation technologique nécessite de mobiliser les différents acteurs, de multiplier les formateurs, de mener des actions de sensibilisation et de capitaliser les expériences.

 

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