I. La situation de l'Internet au Burkina Faso en 2002

Un point sur la situation de l'internet au Burkina Faso en 2002 passe, tout d'abord, par une présentation du pays et un état des lieux de son informatisation et de ses infrastructures de télécommunications. Matériels informatiques et systèmes de télécommunications sont en effet actuellement les deux préalables à toute utilisation de l'internet. L'examen de l'accès à l'internet, des utilisations qui sont faites de ce média et des compétences techniques dans le pays, nous permettra ensuite d'obtenir une idée précise de la réalité de l'internet au Burkina Faso. Enfin, nous détaillerons les structures nationales, internationales et associatives qui encadrent le développement des NTIC au " pays des hommes intègres ".

A. Le pays, son informatisation et ses infrastructures de télécommunication
Commençons par une présentation du pays et de l'histoire de son informatisation et de ses télécommunications ; ce préalable nous permettra de mieux cerner la situation humaine, géographique, politique et économique de l'ancienne Haute-Volta. Le cadre de cette étude est en effet très éloigné des standards européens et mérite d'être examiné soigneusement afin de bien saisir les enjeux du développement des NTIC au Burkina Faso. Ce tableau sera ensuite complété par un panorama de la situation actuelle de l'informatisation et des télécommunications.

1. Présentation du Burkina Faso

a) Le pays, ses richesses, sa population

(1) Histoire politique

(a) La période précoloniale

Le Burkina Faso actuel est principalement issu des anciens royaumes Mossi qui se sont constitués au XIe et au XIIe siècle : le Gourma, le Mamprousi, le Dagomba, le Yatenga et le royaume de Ouagadougou. Ce dernier dirigé par le Mogho Naba devint rapidement le plus influent.

Aux XIIIe et XIVe siècles, ces royaumes s'opposèrent aux grands empires de la boucle du Niger (Mali et Songhay) qu'ils attaquaient fréquemment. La puissance de leurs armées permit aux royaumes Mossis de préserver l'essentiel de leur indépendance. Mais, à la fin du XVe siècle, l'Empire Songhay établit sa suprématie sur la boucle du Niger, mettant fin aux chevauchées des Mossis.

Ces royaumes Mossi présentaient une remarquable cohésion sociale et religieuse et une stabilité politique exceptionnelle : ils se maintinrent jusqu'à la conquête française, à la fin du XIXe siècle.

Les Mossis participèrent peu au commerce transsaharien: les grands flux d'échanges contournaient la région. Aussi l'islam ne s'implanta-t-il pas et les Mossis furent beaucoup moins touchés que leurs voisins par la traite des esclaves. À la veille de la colonisation française, le centre du territoire était contrôlé par la confédération des royaumes Mossis regroupant trois ensembles politiques, le Yatenga, le Wogodogo et le Tenkudogo. À l'est avait été édifié le royaume de Gurma, et l'ouest, dominé par les souverains dioulas de Kong au XVIIIe siècle, était disputé entre plusieurs royaumes.

(b) La période coloniale

La période coloniale débuta à la fin du 19ième siècle et prit fin en 1960 avec l'accès à l'indépendance du pays.

Sur ordre du gouverneur du Soudan (le Mali actuel), une colonne française commandée par le capitaine Destenave se rendit à Ouahigouya en 1895 et signa un traité de protectorat avec le Yatenga. En 1896, l'armée française prit Ouagadougou.

L'ensemble du pays était occupé en 1897. Il fut d'abord intégré au Haut-Sénégal-Niger, avant d'être institué en colonie indépendante sous le nom de Haute-Volta en 1919, avec Ouagadougou pour chef-lieu. En 1932, la colonie fut partagée entre le Niger, le Soudan (Mali) et la Côte-d'Ivoire. Durant toute la colonisation, la résistance se poursuivit. Le Mogho Naba demeura dans l'opposition. Les recrutements militaires et le prélèvement de l'impôt suscitèrent de violentes révoltes (notamment l'insurrection de Dédougou en 1915).

Le Burkina Faso profita finalement du mouvement de décolonisation des années 50-60 pour accéder à l'indépendance qui fut proclamée le 5 août 1960. Cette dernière fut accompagnée par des accords de coopération avec la France. Ces accords, signés le 24 avril 1961 ont permis à la France de conserver une présence culturelle et politique forte en Afrique de l'ouest et au Burkina en particulier.

(c) 1960 à 1983

(i) 1960-1966 : Maurice Yaméogo et la première république

Maurice Yaméogo fut le premier président du pays.
En 1962, la Haute-Volta prit part à la constitution de l'Union Monétaire Ouest-Africaine (UMOA). Elle participa également le 26 mai 1963 à la création de l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA).

En 1966, le premier président de la Haute Volta fut renversé après plusieurs mois de tensions. Le commandant Sangoulé Lamizana prit le pouvoir.

(ii) 1966-1980 : Sangoulé Lamizana

La présidence de Sangoulé Lamizana fut ponctuée de nombreux revirements constitutionnels et d'une recherche de la démocratie un peu balbutiante. Ainsi s'enchaînèrent les périodes suivantes :
· 1966-1970 : Gouvernement militaire provisoire
· 1971-1974 : Ilième République
· 1974-1976 : Gouvernement de renouveau national
· 1976-1978 : Gouvernement "de transition" et Gouvernement "d'union nationale"
· 1978-1980 : Illième République

(iii) Le Comité Militaire de Redressement pour le Progrès National : 1980-1982

En 1980, un coup d'Etat militaire mit fin à la longue présidence de Sangoulé Lamizana. Saye Zerbo, ancien ministre des Affaires Etrangères du gouvernement de transition lui succéda. Le groupe de militaire au pouvoir prit le nom de Comité Militaire de Redressement pour le Progrés National. Thomas Sankara fit sa première apparition politique dans ce comité. Ce nouveau régime fut rapidement renversé par un groupe de jeunes officiers qui en faisaient pourtant partie.

(iv) Le Conseil du Salut du Peuple (CSP) : 1982-1983

Deux personnages émergent de ce nouveau coup d'Etat : Jean Baptiste Ouédraogo qui prit la fonction de Chef de l'Etat, et Thomas Sankara qui confirma ses ambitions politiques en accédant au poste de premier ministre. Les relations houleuses entre les deux hommes et leur différences de vues sur le type de régime devant être établi conduisit le CSP a une succession de crises et à l'arrestation de Thomas Sankara finalement libéré sous la pression populaire.

Blaise Campaoré, allié de Sankara et réfugié à Pô pendant la crise, marcha finalement sur Ouagadougou avec les militaires du Centre d'entraînement commando (CNEC) le 4 août 1983. Le Conseil National de la Révolution (CNR) fut alors proclamé.

(d) 1983-1987 : Thomas Sankara et le Conseil National de la Révolution

Thomas Sankara accéda alors au pouvoir et instaura le Conseil National de la Révolution.

Thomas Sankara a profondément marqué le pays par sa politique d'inspiration marxiste et anti-coloniale. La légende de Sankara est encore très présente dans les esprits et les anecdotes sur ses coups d'éclats affluent abondamment dès lors qu'on demande quelques précisions.

Le Burkina Faso lui doit son nom actuel qu'il a donné à l'ancienne Haute Volta le 4 août 1984 . Ce nom qui signifie " pays des hommes intègres ", correspondait à l'affirmation par Sankara d'une volonté de lutter contre la corruption. Nous avons recueilli de nombreux témoignages qui confirment que la corruption avait considérablement diminué à la fin de la présidence de Sankara. Si en 2002, le Burkina Faso souffre à nouveau de ce fléau, il semble du moins en apparence que le pays soit moins touché que ses voisins maliens et ivoiriens.

La présidence de Thomas Sankara a pris fin en 1987 par un coup d'Etat qui lui a coûté la vie. La mort de cet homme politique tantôt adoré, tantôt controversé, marque le début d'une remarquable ère de stabilité politique au Burkina Faso.

(e) 1987 à aujourd'hui : Blaise Campaoré

En 1987 Blaise Campaoré accède au pouvoir. Avec lui commence la " rectification " qui évolue vers l'avènement de la quatrième République.

L'homme politique est relativement contesté au début de sa présidence, les sankaristes ne lui pardonnent pas la mort de leur leader et une tentative de coup d'Etat manque de peu d'aboutir quelques années après son accession au pouvoir.

La mort du journaliste Norbert Zongo à la fin des années 90 est à l'origine d'une nouvelle contestation populaire. Le journaliste enquêtait sur le décès suspect d'un employé du frère du président. Son assassinat dans son véhicule provoque une série d'émeutes qui ne prend fin qu'après l'ouverture d'une commission d'enquête internationale.

Pour ces raisons des réserves sont parfois exprimées sur Blaise Campaoré, mais le Burkina Faso profite objectivement depuis près de quinze ans, d'une stabilité politique peu commune en Afrique de l'Ouest. La démocratie y est effective quoi que pratiquée de manière relativement autoritaire, le président de la république est élu au suffrage universel direct et la situation de la presse et de la liberté d'informer est qualifiée de sensible par l'association Reporter Sans Frontières (RSF), ce qui correspond, au vu de la carte des libertés établie par l'association, à un mal raisonnable pour la sous-région.

Cette stabilité a permis au Burkina Faso d'acquérir progressivement un statut particulier en Afrique et au sein de l'OUA. Cette place l'autorise à intervenir en médiation de certains conflits et l'influence politique du Burkina est considérable en comparaison de son faible poids économique.

(2) Situation géographique et démographique

Le Burkina Faso est un pays sahélien enclavé en Afrique de l'Ouest, sa superficie est de 274 000 km2 . Il est encadré, au nord et à l'ouest par le Mali, à l'est par le Niger. Au sud, ses frontières longent le Bénin, le Togo, le Ghana et la Côte d'Ivoire.
Le climat du pays est très chaud et sec, les pluies sont rares et mal réparties (350 mm au nord contre 1000 mm au sud-ouest).

Le rapport mondial sur le développement humain 2002, estime la population burkinabé à approximativement 11,5 millions d'habitants en 2001. Les projections sur 2015 prévoient une population de 18,5 millions d'habitants. La population du Burkina Faso est urbaine à 16,5%. On estime habituellement que la ville de Ouagadougou regroupe près de 2 millions d'habitants et la ville de Bobo-Dioulasso environ 500 000. Notons également que 48,7% de la population a moins de 15 ans.

Le Burkina Faso est composé d'une multitude d'ethnies. On compte une soixantaine de langues appartenant généralement à la famille nigéro-congolaise. Le Mossi est parlé par 53 % de la population et constitue la langue ayant le plus grand nombre de locuteurs. On peut citer aussi le bissa (38 %), le lobi (2,7%), le peul (2,4 %), le lyélé (2,1 %), le dioula (NC) et le marka (1,9 %).

L'ethnie principale est celle des Mossi. Ce peuple traditionnellement très attaché à la hiérarchie, parle le moré. Il occupe une zone importante et notamment la ville de Ouagadougou.

La langue française fédère officiellement les relations entre ethnies mais le moré est très utilisé dans la région de Ouagadougou et le dioula dans la région de Bobo-Dioulasso.

(3) Niveau de développement humain (selon les critères retenus par le PNUD)

L'indicateur de développement humain (IDH), mesure le niveau atteint par un pays en termes d'espérance de vie, d'instruction et de revenu réel corrigé. Cet indicateur, utilisé par le Programme des Nations Unis pour le Développement (PNUD) a permis de classer en 2002, 173 pays suivant leur niveau de progrès sanitaire et social.

Le rapport mondial sur le développement humain 2002 positionne le Burkina Faso au 169ième rang. Seuls le Burundi, le Niger et la Sierra Leone sont moins bien classés.

L'épidémie de SIDA qui touchait en 2000 333 000 adultes, a fait chuter l'espérance de vie de 8 ans. Ceci alors que le Burkina n'est classé qu'en vingtième position sur la liste des pays les plus touchés. Un burkinabé peut ainsi actuellement espérer vivre 46,7 ans. 6,5% de la population adulte est actuellement infectée par le virus HIV. La mortalité infantile est également importante puisqu'elle atteint un niveau de 105 décès pour mille naissances. 24% de la population souffrait de malnutrition en 1999.

Le PIB du Burkina était, selon le rapport, de 2,2 milliards de dollars en 2000 (soit environ 2,2 milliards d'euros). La croissance moyenne de ce dernier entre 1990 et 2000 est de 2.4% ; ceci alors que la variation annuelle de l'indice des prix à la consommation est devenue négative entre 1999 et 2000 (-0.3).

Le budget du Burkina Faso était de 69 millions de dollars en 2001.

Le rapport mondial sur le développement humain indique que le Burkina consacre 3,6% de son PNB à l'éducation, 1,5% à la santé et 2,5% au service de la dette. 23.9% de la population était alphabétisée en 2000. Le taux d'alphabétisation des jeunes adultes est plus inquiétant encore puisqu'il est seulement de 34,6% en 2000. Ce chiffre est faible comparé à ceux de ses voisins malien, ivoirien ou béninois qui sont tous proches de 60%.

Le SMIG est fixé à 26 000 francs CFA (environ 39,6 euros) et le salaire moyen d'un fonctionnaire tourne autour de 75 000 francs CFA (environ 114 euros).

b) Histoire des technologies de la communication au Burkina

(1) histoire de l'informatisation et des télécommunications

(a) Les télécommunications

Le Burkina Faso disposait à son accession à l'indépendance, d'un réseau de télécommunication essentiellement composé de lignes aériennes et de liaisons radio à ondes décamétriques. L'exploitation de la partie internationale était assurée par France Câble et Radio (FCR).

Le pays s'est doté en 1968 d'une structure chargée de gérer le réseau et les services de télécommunication ainsi que d'exploiter une partie de la chaîne internationale ; ceci bien que l'exploitation d'une partie de la chaîne internationale (télex, radio) soit réalisée par FCR jusqu'en 1982 date à partir de laquelle le réseau était totalement sous gestion de l'OPT.

Cette période a vu naître des centraux automatiques ainsi qu'une station terrienne des télécommunications par satellite. Des liaisons hertziennes interurbaines et internationales ont également été déployées parallèlement à la construction de réseaux aéro-souterrains.
En 1987, l'OPT a été séparé en deux entités distinctes, l'ONP, gérant les activités postales et l'ONATEL, assurant la poursuite des activités de télécommunication. Ces deux entreprises continuant à bénéficier d'un monopole d'Etat.

La mise en place en 1988 d'un plan Directeur de Développement des Télécommunications a permis l'essor important du réseau au cours de la fin des années 80 et du début des années 90. Cette période a notamment permis de développer la desserte automatique de plusieurs zones rurales et d'étendre le réseau international.

En 1994 l'ONATEL a été transformé en société d'état. Cette transformation qui s'inscrivait dans le cadre des mesures d'accompagnement au Programme d'Ajustement Structurel signé entre l'Etat et les Institutions de Bretton Wood conférait à l'ONATEL un monopole jusqu'en décembre 1998 date à laquelle un nouveau cadre juridique et réglementaire portant réforme du secteur et une loi autorisant la privatisation partielle de l'ONATEL ont été adoptés.

(b) L'informatisation

Le Burkina Faso a très tôt pris conscience de l'enjeu que représentait pour le pays la maîtrise de l'outil informatique. Dès 1970, la création du Centre National de Traitement de l'Information (CENATRIN) répondait à cette préoccupation.

Le développement de la micro-informatique sous sa forme actuelle a ensuite été accompagné par les plans nationaux successifs. Le premier plan directeur informatique national, plan quinquennal débutant en 1990, a permis un accroissement important du niveau d'informatisation du pays. Selon Mahamoudou Ouedraogo et Johachim Tankoano , de 1990 à 1995, le taux de croissance annuel des investissements en matériel informatique a été de 16,1%.
Pour les cinq années de ce plan, les investissements informatiques ont été estimés à 7 milliards de francs CFA, soit 1,67% des investissements globaux du pays.

Le parc informatique a quasiment triplé de volume entre 1990 et 1995, passant de 1000 à 2700 ordinateurs. Le rapport entre valeur du parc informatique et le PIB du Burkina Faso, qui était de 0,68% en 1990, a atteint 1% en 1995. Selon Mahamoudou Ouedraogo et Johachim Tankoano, ce taux correspond au seuil à partir duquel l'impact de l'informatique sur l'économie du pays peut devenir significatif.

(2) Du Réseau Intertropical d'Ordinateur (RIO) développé par l'ORSTOM à l'internet " grand public " en Afrique

(a) Le RIO : embryon d'Internet en Afrique

Le Burkina Faso a été l'un des premiers pays d'Afrique à profiter d'un accès à Internet. En effet, en juin 1989, des chercheurs de l'ORSTOM ont installé à Ouagadougou un serveur UNIX et un réseau local TCP/IP de 5 ordinateurs. La liaison de cet embryon d'Internet Burkinabé au reste du réseau mondial s'effectuait par modem. Pascal Renaud , chercheur à l'Institut français de la recherche scientifique pour le développement en coopération (IRD, anciennement ORSTOM) signale néanmoins que cette première connexion est restée très sous-employée dans les premiers temps. Ce mini-réseau a donné progressivement naissance au Réseau Intertropical d'Ordinateur (RIO), ancêtre de l'internet africain.

En 1991, la mise en place par l'ONATEL d'un service de transmission de données fiable, Fasopac, équivalent au Transpac français, a permis le développement de l'utilisation de la messagerie électronique à l'ORSTOM. Mais c'est surtout la préparation de la conférence de Rio en 1992 qui a donné une nouvelle ampleur au réseau. Celui-ci, mise à la disposition de toutes les ONG participant au Sommet de la Terre a donné ainsi la première impulsion à une collaboration technologique de la recherche au Burkina Faso.

L'ORSTOM a créé alors le domaine " .bf " en collaboration avec l'Ecole Supérieur d'Informatique (ESI) fondée par Johachim Tankoano.

En 1992, la ville de Bobo-Dioulasso fut également reliée au réseau. En 1994, à l'occasion du deuxième colloque africain de recherche informatique, l'état du réseau lui a permis de mettre à la disposition des chercheurs une salle reliée à Internet.

(b) Le Burkina Faso, exclu de l'initiative Leland

En 1996, l'USAID (United States Agency for International Development) lance l'initiative Leland. Ce programme de la Coopération américaine a pour objectif de sortir l'Internet de son cadre universitaire. Il propose à une vingtaine de pays africains l'installation de liaisons spécialisées à haut débit (64 à 128 Kbs) entre l'Internet américain et l'opérateur national de télécommunications.

Ce programme qui inclut l'installation des infrastructures et la formation de techniciens, impose néanmoins une condition aux pays bénéficiaires : ces derniers doivent engager une procédure de libéralisation du marché des télécommunications.

Le Burkina Faso, dont le marché des télécommunications n'a sans doute pas été jugé suffisamment prometteur par les groupes de communications américains, n'a pas bénéficié de cette proposition.

Le Burkina Faso, à l'instar du Cameroun, a donc choisi de s'équiper sur ses propres fonds dans le même temps.

(c) L'ouverture d'Internet au public en 1997

Le Burkina Faso a donc mis en place un service d'accès Internet à l'attention du grand public à peu près au même moment que ses voisins. Le service a ouvert officiellement à Ouagadougou le 19 mars 1997 .

Le fournisseur d'accès international choisi, afin de relier l'ONATEL de Ouagadougou au reste du réseau mondial, est l'opérateur canadien Téléglobe. Le nœud Internet du Burkina, appelé Fasonet, initialement à 64 Kbps, est passé 256 Kbps puis à 1 Mbps.

(d) Les grandes dates : récapitulatif

L'IRD propose sur son site rio.net le récapitulatif suivant des grandes dates de l'Internet au Burkina Faso :
1989 : démarrage des connexions Internet pour la messagerie à partir du noeud central de l'Orstom à Ouagadougou
de 90 à 96 : ouverture aux sites Recherche-Universités, en particulier avec l'ESI (Ecole Supérieure en Informatique); partenariat avec Joachim Tankoano, directeur de l'ESI à cette époque.
93 : création du domaine national BF auprès de l'Internic; la gestion est attribuée à l'ESI; la base est accueillie provisoirement par l'Orstom à MPL
Oct 94 : "Déclaration de Ouagadougou" signée lors de CARI 94 par 65 participants de 22 pays dont 18 pays africains pour promouvoir l'Internet en Afrique
Juillet 95 : l'ESI présente un projet à la coopération française pour créer le Réseau National de l'Education et de la Recherche (RENER) avec le soutien technique de l'Orstom (formation, transfert des connaissances ...)
96 : 80 organismes autour du RIO, 400 utilisateurs, 40 MO de messages échangés par mois
Oct 96 : l'Orstom organise un séminaire de formation aux techniques de l'Internet destiné aux informaticiens de l'ESI, de la FAST (Faculté des Sciences) et de la DELGI (Délégation à l'Informatique )
97 : installation d'une liaison internationale à partir de l'opérateur national ONATEL
Mars 97 : transfert de la base BF de MPL vers Ouagadougou; le TLD est toujours géré par Joachim Tankoano, la base est accueillie à l'Onatel
97 : création de l'ABUU, l'association Burkinabé des Utilisateurs d'Unix et des Systèmes ouverts à l'initiative de Sylvain Zongo de l'Orstom
Mars 98 : une liaison spécialisée est installée entre l'Onatel et la Fast d'une part, entre la Fast et l'Orstom d'autre part; les autres centres de recherche se connectent aussi en cascade derrière la Fast, initiant ainsi le réseau RENER
Décembre 98 : le réseau RENER est reconnu au niveau national

Après cet aperçu de l'histoire de l'informatisation et de la mise en place des infrastructures de télécommunications, penchons nous maintenant sur le niveau d'informatisation actuel du Burkina Faso et sur les difficultés auxquelles est confronté le pays dans ce domaine.


 

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