2. Améliorer le niveau d'informatisation et les infrastructures de télécommunications

a) Informatisation

(1) Des signes positifs

Le passage à l'an 2000 a permis d'accroître le parc informatique et de le renouveler en partie. Parallèlement, le " boum " informatique des années quatre-vingt-dix a donné naissance dans toutes les grandes villes du Burkina à des secrétariats publics informatisés. Ces petites entreprises offrent des services de bureautique et favorisent la rencontre de la population avec l'informatique.

Enfin, le développement et le succès grandissant du marché du matériel d'occasion confirme l'intégration progressive de la culture informatique dans les couches moyennes de la population.

(2) Un abaissement des droits de douanes ?

La question de l'abaissement des droits de douanes et des taxes sur le matériel informatique en Afrique est récurrente. Il est d'usage de demander que ceux-ci soient abaissés afin de favoriser le développement de l'informatique dans les pays les moins avancés. Nous nous permettrons de remettre en question cette logique en opposant la nécessité de favoriser l'informatisation au statut de produit de luxe du matériel informatique et à la nécessité pour un des pays les plus pauvres du monde de maintenir une de ses rares sources de revenu.

La question de l'arbitrage doit être posée : la source de revenu représentée pour l'Etat par les droits de douanes et les taxes sur le matériel informatique vaut-elle moins que le bénéfice potentiel attendu d'un abaissement de ces taxes ? Alain Mingat notait dans cette logique dans Le Monde Diplomatique que " les ressources budgétaires sont globalement rares en Afrique eu égard à la faiblesse de la base fiscale des pays, si bien que les arbitrages à faire s'avèrent plus difficiles et doivent par conséquent avoir une justification factuelle plus forte ".

Nous pouvons constater que le matériel informatique est un produit de luxe. Quel que soit le niveau des taxes et du transit, le coût du matériel acheté hors taxe en Europe est déjà d'un niveau tel qu'il est inaccessible pour l'essentiel de la population du Burkina Faso. Nous avons vu en effet qu'un Pentium 4 (passons sur les caractéristiques détaillées) pouvait être acheté 889 euros HT en France en juillet 2002. Nous avons vu également que le coût du transit de cet ordinateur vers le Burkina représenterait 192 euros. Le vendeur appliquant une marge, le prix moyen de vente de l'ordinateur au Burkina est donc compris entre 1800 et 2000 euros.

Le niveau de prix du matériel informatique est tel que nous pouvons supposer que les personnes qui s'équipent sont plutôt fortunées et que l'ajout de quelques dizaines d'euros à un achat qui dépasse déjà 1000 euros ne pèse pas lourd dans la décision d'achat. Une importante part du parc informatique des particuliers est en outre détenu par des expatriés européens qui disposent habituellement de revenus confortables. Notons également que la plupart des organismes internationaux ainsi que les structures de l'Etat profitent d'une exonération quasi totale de taxes et de droits de douanes.

Enfin, le cas des grandes entreprises mérite d'être examiné. Elles sont susceptibles d'allouer un montant fixe à l'équipement informatique et réduisent donc le nombre de machines achetées en fonction du niveau des taxes. Ce cas de figure est peu courant au Burkina Faso. Les grandes entreprises sont effectivement très peu nombreuses. Sans doute serait-il cependant souhaitable de réserver des accords spécifiques à ces dernières.

Notons enfin que les ressources issues des taxes et des droits de douanes sur l'informatique, représentaient pour l'Etat un montant important, non négligeable sur un budget qui atteignait 69 millions de dollars en 2001.

Toutes ces raisons nous conduisent à adopter une position relativement nuancée sur la nécessité d'une baisse du niveau des droits de douane.

(3) Le développement du logiciel libre

Nous avons évoqué précédemment l'enjeu souligné par Philippe Quéau, du développement d'un espace public de l'information. Les logiciels libres procèdent de cette philosophie et leur utilisation ainsi que leur développement représentent des enjeux déterminants pour l'entrée de l'Afrique dans la société de l'information.

Dans le cas du Burkina Faso, plusieurs organismes participent à la promotion de ces logiciels. L'association NTBF souligne par exemple l'importance de l'abandon de l'utilisation des logiciels payants et notamment des produits Microsoft omniprésents dans le monde.

Nous regrettons à ce sujet que des organismes comme les centres multimédias municipaux ne participent pas à la promotion de ces logiciels et mettent a contrario l'accent sur les outils Microsoft.

(4) La nécessité d'une coordination des différentes actions et d'une recherche de synergie

De nombreuses associations oeuvrent dans le domaine du développement de l'informatique et des nouvelles technologies au Burkina Faso ; cependant les témoignages semblent montrer qu'aucun rapprochement de ces différentes organisations n'a été effectué pour l'instant.

Il semble pourtant que la mise en place d'une structure de coordination permettrait une importante synergie dans l'action des ONG. La création d'un site web auto-animé par les associations et permettant une information en temps réel de l'ensemble des groupes sur les actions menées et sur les envois de frets, permettrait sans aucun doute des économies importantes pour l'ensemble des associations. Le Trade Point illustre ce concept appliqué au commerce.

Le site web Faso-ONG, site portail des ONG du Burkina, lancé par l'association Yam Pukri (http://www.faso-ong.org) représente un premier pas important dans cette logique. L'aspect vitrine et annuaire du site reste cependant limité et il convient d'aller plus loin et d'offrir une plate-forme d'échange digne de ce nom, ce qui nécessite l'utilisation de bases de données. L'association Yam Pukri travaille en ce sens.

b) Infrastructures de télécommunication

(1) L'enjeu de la boucle locale radio

Selon Jean Marchal , expert en télécommunication et développement, l'évolution technique permet aujourd'hui d'envisager les technologies radio comme une alternative au réseau filaire traditionnel. Les technologies radio permettent un déploiement rapide et adapté à la demande, pour des densités d'abonnés faibles et fortes.

Tous les industriels promettent que les technologies radio permettront d'offrir des services aussi perfectionnés que ceux proposés sur un réseau "filaire" (voix, Internet, vidéocommunication), avec en outre la possibilité de fournir des services de mobilité sur une zone réduite, pour un investissement initial relativement mesuré.

C'est pourquoi la boucle locale radio constitue un enjeu important du développement des télécommunications, particulièrement en zones enclavées à faible densité, et un marché stratégique pour les opérateurs et les industriels.

L'intérêt de cette technologie réside pour une bonne part dans son coût relativement modéré et surtout progressif. En effet, la planification du réseau de distribution est plus simple puisqu'il n'est en général pas nécessaire de connaître a priori la position exacte des futurs clients.

L'exploitant peut, par ajout ultérieur d'antennes, augmenter la capacité du réseau et sa couverture en fonction de la demande, ce qui lui assure une meilleure progressivité des investissements en fonction du nombre d'abonnés que dans le cas d'une solution filaire.

Il y a également un enjeu réglementaire et concurrentiel : la boucle locale apparaît comme une brèche dans les monopoles existants, permettant éventuellement l'émergence d'opérateurs locaux, partiellement ou totalement pris en charge par les populations locales. L'utilisation d'infrastructures hertziennes devrait en effet permettre de déployer un réseau à moindre coût et plus rapidement que dans le cas d'infrastructures filaires, et ainsi de permettre réellement l'apparition d'opérateurs locaux, agissant là où l'opérateur historique n'a pas voulu s'impliquer.

La boucle locale radio peut être enfin conçue comme un vecteur de développement des services à haut débit (multimédia, nouveaux services). La boucle locale filaire paraît en effet moins adaptée dans sa structure actuelle à la fourniture de services haut débit que des réseaux déployés dans les fréquences de la gamme des micro-ondes.

Au Bénin, le FAI Firstnet a développé une offre de connexion par onde radio depuis fin 2000. Elle a permis de connecter de nombreux points d'accès à l'internet dans ce pays et l'offre, bien qu'encore en rodage, peut dores et déjà être considérée comme un succès .

(2) Les bénéfices attendus de la libéralisation du secteur des télécommunications

La loi du 23 décembre 1998 fixe les conditions de libéralisation du secteur des télécommunications au Burkina Faso. Cette réforme, suggérée par le Fond Monétaire International (FMI) et la Banque Mondiale, s'articule autours des points suivants :
- Abandon du monopole des télécommunications
- Libéralisation du secteur avec ouverture du marché burkinabé à de nouveaux opérateurs
- Mise en place d'un organe de régulation du secteur

La loi prévoit la répartition suivante du capital de l'ONATEL :
- 63% à des investisseurs privés
- 34% à l'Etat
- 3% aux salariés

L'ouverture du secteur a également conduit à l'arrivée de nouveaux opérateurs sur le marché des télécommunications. Les sociétés TELECCEL et MSI CELLULAR INVESTMENTS à travers sa filiale CELTEL ont ainsi lancé des prestations à l'attention du grand public avec l'ouverture officielle de leurs réseaux en janvier 2001. Les deux entreprises ont également accordé des agréments à des sociétés commerciales pour la distribution de leurs produits.

Si l'introduction de la concurrence dans les télécommunications semble être profitable pour la qualité de service et pour les prix pratiqués, des questions subsistent quant à la rentabilité réelle à terme des privatisations.

(3) Bénéfice sectoriel et bénéfice global : les réserves émises face à la logique de libéralisation

De nombreux économistes du développement émettent en effet des doutes sur le bénéfice global pour le pays d'une politique de libéralisation économique. La grande désillusion, ouvrage publié récemment par le prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz a notamment popularisé une approche très critique de l'action du FMI dans les pays du Sud.

D'autres, pionniers de l'internet en Afrique, émettent également des réserves sur l'efficacité des politiques d'ouverture des marchés des télécommunications en Afrique de l'Ouest.

Pascal Renaud notait notamment que ces libéralisations imposées par les institutions de Bretton woods, s'appuient sur un mythe selon lequel l'internet serait le résultat de la politique américaine de dérégulation des télécommunications. Il souligne que cette relecture idéologique renforce la légitimité des acteurs commerciaux du réseau et qu'elle est totalement contraire à la réalité. Ni en Europe, ni aux Etats-Unis, affirme-t-il, le déploiement du réseau ne s'es effectué à la faveur de libéralisations. Il démontre ensuite que la progression du parc informatique est en revanche stimulé par les interventions de l'Etat dans le financement des infrastructures.

Pascal Renaud rappelle que l'internet est alimenté par des fonds publics depuis sa naissance et que c'est le projet NSFnet de la National Science Fondation (NSF) qui a contribué le plus à son développement. Ce projet actif jusqu'en 1995 s'est ensuite désengagé progressivement au profit des opérateurs privés. Pascal Renaud souligne que c'est dans ce cadre, fortement subventionné et protégé du marché que l'Internet s'est développé et stabilisé aux Etats-Unis. Cela le conduit à s'interroger : " si le démarrage de l'Internet s'est appuyé, au Nord sur une intervention massive de l'Etat, est-il sérieux de proposer aux pays les plus pauvres de faire appel au marché ? "

Samir Amin abonde également dans ce sens en affirmant que la déréglementation des télécommunications dans les pays du Sud permet aux entreprises de s'approprier des profits juteux et qu'elle est " catastrophique pour la majorité des pays du monde ".

Nous allons maintenant observer que favoriser l'accès à l'internet signifie également de multiplier les endroits qui permettent à la population d'accéder aux nouveaux savoirs ; ceci pour un coût raisonnable et avec un éventuel accompagnement technique.

 

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