Au Burkina Faso très peu de personnes maîtrisent l'anglais. L'étude menée au Burkina par Sylvestre Ouedraogo et publiée en décembre 2000, montrait que le manque de familiarité avec cette langue était cité en troisième position par les internautes interrogés sur les problèmes qu'ils rencontraient dans la recherche d'information. Cette réponse apparaissait derrière " problèmes multiples " et " recherche coûteuse ". La réponse " problèmes multiples " correspondait en outre probablement en partie à une mauvaise maîtrise de l'anglais. Selon l'Association Réseaux et Développement , il n'y aurait en juillet 2002 que 2,81 % du contenu des sites Web en français dans l'ensemble de la Toile mondiale. Ceci contre 75 % de contenu en langue anglaise. Le français occupe une place encore moindre dans les forums de discussion avec à peine 1,5 % des échanges, très loin derrière l'anglais utilisé à 80 % pour les échanges sur le Net. L'absence de maîtrise de la langue anglaise représente donc un handicap important dans l'accès à l'information.
Monsieur le Professeur Jacques Barrat souligne dans Géopolitique de la francophonie , l'enjeu géopolitique majeur représenté par la francophonie et la nécessité induite d'un développement d'un contenu francophone sur Internet. Charles Durand dans La mise en place des monopoles du savoir
s'interroge également sur la situation actuelle et démontre
que l'adoption officielle ou officieuse de l'anglais comme véhicule
de communication internationale dans le seul domaine scientifique entraîne
un certain nombre d'effets pervers plus importants que les bénéfices
que cette pratique est censée apporter à ses promoteurs.
Plus particulièrement, dans le cadre universitaire, elle entraîne
la formation de monopoles en opposition absolue aux principes de libre
accès au savoir dans des établissements d'enseignement supérieur
libres et ouverts.
L'absence d'une structure de direction centralisée pour l'internet offre, selon Jacques Barrat, une chance pour la diversité des expressions culturelles. Il est important dans cette logique que les pays francophones maîtrisent l'environnement technologique et maintiennent une stratégie d'ensemble . Il est notamment nécessaire de créer un contenu français sur Internet. C'est une approche semblable que développe le japonais Kenzaburô Ôé , prix Nobel de littérature, qui voit dans l'internet, le " média de résistance pour les individus " qui permettra de contrebalancer le fait que les Etats, les relations internationales et toute la planète sont " écrasés par la langue d'un seul pouvoir ".
Selon Jacques Barrat, " les consortiums américains des industries de l'information se concertent chaque année au sein d'association telles que ACM (Association Computing Machinery) ou CUI (Computer User Interforce) ". Ils ont selon lui, une stratégie qui consiste à s'implanter dans les réseaux européens et à acquérir des droits sur les richesses européennes de contenu (uvres d'art, encyclopédies ) qui fournissent ensuite la matière première de l'édition électronique. Il ajoute que " c'est notamment l'objet de la création de la société Continuum par Microsoft ". Les pays de la francophonie doivent donc présenter un front uni face à ces stratégies.
La Francophonie doit donc non seulement assurer la présence de contenus francophones, mais aussi élaborer les normes et les outils propres à engendrer un modèle francophone d'accès à la connaissance. C'est donc bien la bataille des contenus informationnels au sens large (culture et procédure d'accès) qui est engagée. Selon Jacques Barrat, " la Francophonie doit orienter prioritairement ses investissements dont le volume est nécessairement limité, en direction des éléments constitutifs (contenus francophones, numérisation des fonds patrimoniaux ) de son espace virtuel. Cela se fera partiellement au détriment du développement d'infrastructures qui ne pourraient que se mettre au service de l'effort de guerre américain. " Une politique francophone de l'information devra soutenir
les efforts en matière de : La coopération apportée à court terme par les pays développés de la Francophonie et les bénéfices probables à long terme du développement de la Francophonie sur l'internet représentent des tremplins pour accéder à la modernité. Le " pays des hommes intègres " a donc tout intérêt à favoriser la stratégie Francophone et profiter de son appartenance à cette communauté.
Le français est la langue officielle de 13 pays d'Afrique noire. La population officiellement francophone représente dans cette région approximativement 120 millions d'habitants. Jacques Barrat estime que seuls 10% de cette population parle réellement le français correctement. Le français est effectivement l'outil de communication officiel de l'administration et des relations internationales ainsi que la langue de l'enseignement. Mais dans la pratique il est faiblement utilisé en tant qu'instrument de communication et d'échange social au quotidien. Jacques Barrat oppose francophonie et approche anglo-saxonne en affirmant que " la Francophonie s'oppose à une idéologie libérale mondialiste et nivelante qui fait de la culture un accessoire du commerce ". La Francophonie, plus qu'un tremplin commercial, participe à une lutte pour le maintien de la pluralité. Ce combat pour la diversité d'expression et de culture se joue également au niveau ethnique. Si le français est bien le lien fédérateur qui doit être maintenu et amplifié, il n'implique pas pour autant une disparition des particularismes et de la diversité ethnique. Ainsi, la création d'un contenu en langues ethniques permettrait d'une part de conforter l'embryon de culture africaine sur le web et d'autre part de donner accès à un contenu aux africains qui ne sont francophones qu'officiellement et qui représentent selon Jacques Barrat, près de 90% de la population totale des pays francophones (jusqu'à 95% au Mali). Il serait par exemple envisageable de mettre à la portée des burkinabé des contenus en langues ethniques organisés sous la forme de portails locaux. On peut également imaginer, à l'image du site de l'association Edukafaso, de créer une version de chaque site burkinabé dans la langue majoritaire de la zone concernée par le site. L'association a ainsi traduit le site www.edukafaso.org en dioula, langue majoritairement utilisée dans la région de Bobo-dioulasso. La création de ce type de contenu pourrait dans un premier temps être encouragée pour les sites des associations oeuvrant au Burkina Faso.
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