B. Les incidences socio-culturelles des nouveaux moyens de communication

Examinons tout d'abord la situation et les causes de l'acculturation. Commençons notamment par décrire le court-circuit qui découle de l'avènement de la société de l'information et de la globalisation. Nous observerons ensuite les effets des mondialisations et de la globalisation sur les cultures africaines.

1. Une acculturation progressive

a) Le court-circuit

Philippe Quéau intervenant au Congrés de Locarno en avril 1997, évoquait les importantes modifications de nos sociétés engendrées par l'avènement de la société de l'information. Il présentait notamment le phénomène du court-circuit qu'il définissait comme la mise en contact immédiate de points du globe auparavant séparés par des distances géographiques considérables et désormais réduites à presque rien.

Ce phénomène se traduit selon lui de trois manières :
- La glocalisation, contraction du local et du global, court circuit géographique et territorial du fait des mondialisations des marchés, des capitaux, des informations. Mais également liée à la mondialisation de la pollution ou encore de la déculturation.
- La désintermédiation qui se traduit par l'éviction des intermédiaires de toutes sortes, rendus inutiles par les nouvelles technologies de distribution de biens ou de services immatériels. Une perte de pouvoir de taxation de ces flux immatériels par les Etats-nations en résulte.
- La dérégulation, qui reflète la démission de la politique régulatrice devant les lois du marché.

Ces courts-circuits méritent qu'on s'y attarde et qu'on en observe les conséquences sur les cultures locales. Quand la France possède le poids politique et les moyens financiers pour tenter d'introduire l'idée d'une exception culturelle face à la " machine culturelle " anglo-saxonne, les pays les moins avancés ne peuvent que consommer les produits issus d'une industrie culturelle que Jacques Barrat qualifie d' " accessoire du commerce pour une idéologie libérale mondialiste et nivelante " .

b) Les mondialisations et leurs effets

Plusieurs mondialisations créent la glocalisation selon Philippe Quéau. Attardons nous sur certaines d'entre elles.

(1) Mondialisation de la production : l'exemple de l'impact culturel de l'application des normes ISO au Maroc

L'étude menée par Noureddine EL AOUFI et Michel HOLLARD sur L'impact des normes d'entreprises sur l'organisation de l'industrie marocaine montre que les retentissements culturels des normes industrielles sont réels.

L'étude de l'application des normes ISO 9000 qui reposent sur des procédures écrites visant à rendre compréhensible et lisible le mode de fonctionnement qualité de l'entreprise, font conclure aux auteurs qu'elles " marquent, ce faisant, la fin d'une culture orale par formalisation et systématisation de tous les savoir-faire formels et informels ".

(2) Mondialisation de l'information et des contenus des programmes : impact culturel du mimétisme des journalistes africains

Jacques Barrat souligne dans Géographie économique des médias , la rareté avec laquelle les journalistes africains utilisent les services de l'Agence Panafricaine d'Information. Le recours systématique de ces derniers aux services de l'Agence France Presse ou de Reuter leur donne selon lui une part de responsabilité dans le niveau d'acculturation actuel de l'Afrique.

(3) Mondialisation des cultures : impact des industries culturelles et des nouveaux appareils de communication

André Nyamba, évoque dans La parole du téléphone , l'impact considérable sur le mode de vie africain de la mondialisation culturelle. Il affirme que l'image " d'une communauté villageoise chaleureuse " relève aujourd'hui d'une méconnaissance de " l'Afrique des villages ". Cette fausse représentation, selon lui encouragée par les partisans d'un développement local, ne signifie rien à l'heure où on rencontre dans les villages du Burkina Faso, des jeunes, baladeurs sur les oreilles, écoutant une musique moderne inconnue des anciens.

Les traditions de solidarité se sont selon lui éloignées et ne correspondent plus qu'à un souvenir. Les premiers émissaires de cette globalisation sont selon lui " les nouveaux appareils autonomes de communication individuelle ".

c) La disparition progressive des médias traditionnels

Jaques Barrat remarque dans Géographie économique des médias, que depuis le début des années quatre-vingt-dix, les médias modernes comme la radio et la télévision grignotent peu à peu les derniers domaines dans lesquels régnaient encore les médias traditionnels. Il constate par exemple qu'au début des années 90, le nombre de transistors chez les Beti du Cameroun était supérieur au nombre de tam-tam ou de mvet, moyens de communication traditionnels.

Jacques Barrat signale que les médias modernes sont beaucoup plus rapides pour propager les informations " du temps réel " comme par exemple les résultats de matchs de football. La forme spectaculaire que prend l'information avec les médias modernes ne laisse pas la place aux systèmes traditionnels vieux de plusieurs millénaires.

Les médias traditionnels n'ont cependant pas encore tout à fait disparu car l'information par le biais des médias modernes restent l'apanage d'une certaine élite qui sert d'intermédiaire entre les médias audiovisuels et le reste de la population. L'information transite ensuite au sein des villages par le biais des médias traditionnels ou de l'expression orale. Une certaine complémentarité est donc apparue entre anciens et nouveaux médias. Jacques Barrat prédit cependant une fin prochaine de cette complémentarité qui ne survivra pas au développement des nouvelles formes de communication.

Attardons nous maintenant sur le cas de l'arrivée du téléphone chez les Sanan au Burkina Faso. Cet exemple nous permettra d'illustrer les importantes incidences socioculturelles des technologies de la communication et de leurs contraintes.

 

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