2. La culture de l'écrit et du virtuel et l'Afrique

a) Les difficultés des journaux africains face à la faiblesse de l'alphabétisation

(1) Un analphabétisme handicapant

La situation de la presse dans le monde est évidemment intimement liée à celle de l'alphabétisation. La presse en Afrique en général et au Burkina Faso en particulier, est en ce sens, fortement handicapée.

Effectivement, le continent noir est particulièrement touché par l'analphabétisme. Le rapport mondial sur le développement humain 2002, montre un taux d'analphabétisme certes en diminution, mais encore très important. Ainsi, un chapitre consacré aux disparités mondiales en termes d'alphabétisation, montre un taux d'alphabétisation des adultes en Afrique subsaharienne, de l'ordre de 60%. La progression est importante par rapport à 1990 puisque le taux moyen était à cette période de 50%.

Mais l'examen plus précis de la situation du Burkina Faso montre un taux d'alphabétisation des adultes de 23.9%, ce taux très faible est particulièrement bloquant pour le développement de la presse dans ce pays. Avec des tirages maximum de l'ordre de 5000 exemplaires, la rentabilité de la presse au Burkina est difficile à assurer.

(2) La presse quotidienne

L'étude du nombre de quotidiens publiés dans le monde ne montre pas de fossé apparent entre le Nord et le Sud. C'est en rapportant le nombre de titres de presse au nombre d'habitants qu'apparaît le profond déséquilibre entre le Nord et le Sud. Ainsi, Jacques Barrat montre dans Géographie économique des médias , que pour 1000 habitants, 337 quotidiens paraissaient au Nord en 1988 contre 43 seulement dans les PVD.

L'examen de la situation de l'Afrique noire est plus calamiteux encore : avec 17 titres pour 1000 habitants en 1988, l'Afrique noire se place au dernier rang des zones géographiques définies par l'auteur pour son étude. Le continent noir n'éditait ainsi que 1,9% des quotidiens parus dans le monde. La situation rapportée au tirage des quotidiens aggravait le constat puisque l'Afrique noire ne représentait que 1,2% du tirage mondial des quotidiens.

Ainsi le tirage moyen d'un quotidien africain pour 1000 habitants était d'environ 10 exemplaires, ceci contre approximativement 310 exemplaires pour les quotidiens européens.

(3) La presse périodique

L'examen de la situation de la presse périodique en 1988, montre un retard important des pays du Sud. L'Afrique notamment disposait de peu de titres dont le tirage étaient par ailleurs très faible en comparaison des tirages de leurs équivalents dans les pays développés.

b) L'internet, un média qui nécessite la maîtrise de l'écrit, l'appropriation technologique et qui rompt la relation de communauté physique

L'internet est un média qui présente de nombreux inconvénients, il semble au premier abord très peu adapté à un contexte africain :
- Nécessité d'investissement en matériels (un ordinateur, un onduleur)
- Nécessité de disposer d'infrastructures (électricité, branchement téléphonique à peu près stable)
- Nécessité de posséder des compétences (maîtriser la technique, savoir lire et écrire)

Ces nombreux inconvénients semblent proscrire son utilisation en Afrique. Cependant, force est de constater qu'une adaptation de l'outil au contexte africain est possible. En effet, les usages collectifs ont permis de régler les questions de coûts et d'infrastructures. La question de l'analphabétisation pourrait également être réglée progressivement par le développement de contenus de plus en plus " multimédias " et s'appuyant sur le son et l'image plus que sur l'écrit.

Le concept de l'auto-formation rendu possible par ce type de contenu est fréquemment évoqué comme une perspective intéressante du développement des NTIC en Afrique.

Reste un problème majeur : celui de la relation individuelle à la machine. Elle s'oppose à la relation orale et communautaire répandue en Afrique. Mais la culture orale et communautaire peut être perçue comme complémentaire à la technique. Le concept de médiateurs, dont le succès est avéré en France comme au Sénégal, démontre que l'utilisation directe de la machine n'est pas obligatoire. La diffusion de l'information est nécessaire et l'internet la révolutionne, mais une relation indirecte à ce nouveau média est envisageable et semble adaptée au contexte africain, notamment rural.

Cela conduit Jean-Michel Cornu, le directeur scientifique de la Fondation Internet Nouvelle Génération à déclarer : " L'Internet est très adapté à l'Afrique. Non pas pour toucher tout le monde, mais pour que tout le monde soit touché ".

Enfin, le mariage de l'oralité et du virtuel est possible ; Joachim Tankoano et Mahamoudou Ouédraogo suggèrent par exemple le développement " de pages web formées essentiellement de contes pour enfants ". Ces deux responsables de la communication numérique au Burkina, soulignent que par " ce canal, les populations locales et les franges concernées pourraient retrouver leur compte au niveau de leur préoccupation à s'ouvrir aux valeurs universelles tout en restant bien enracinées culturellement ".

Le projet cyber-griot procède de cette logique. Egalement intitulé " sous l'arbre à palabres ", ce site lancé en collaboration avec les institutions francophones, permet la consultation en ligne, de contes et de légendes burkinabé.

Cet aperçu de la relation entre culture orale et appropriation des outils du virtuel, nous a éclairé sur les difficultés auxquelles se heurte le développement de l'internet sur le continent africain. L'examen des incidences socio-culturelles du développement des technologies de l'information va maintenant nous permettre d'apercevoir les risques d'acculturation présentés par l'apparition des nouveaux outils de communication et des contraintes liées à leur coût, à leur pratique individuelle ou à la nature de leur support dans une société pauvre et à forte tradition sociale et orale. Nous nous attarderons notamment sur une étude réalisée sur l'introduction du téléphone chez les Sanan au Burkina Faso.

 

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