| II. Entre
culture orale et nécessité d'une maîtrise des nouvelles
formes de l'information : incidences et enjeux de l'internet en Afrique
Francophone
Le continent africain est fréquemment présenté comme celui de l'oralité. Nous examinerons donc en premier lieu cette culture orale et les antagonismes qui l'oppose à l'appropriation des médias écrits et virtuels. A. Culture orale et médias La culture orale supposée de l'Afrique va dans le sens du développement de la radio, média qui semble particulièrement adapté à ce continent. Observons la situation de celle-ci au Burkina Faso avant d'en décortiquer les spécificités afin de comprendre les atouts que présente la radio en Afrique.
Le paysage radiophonique au Burkina n'est pas tellement
différent de celui de ses voisins.
A côté des chaînes nationales et régionales (Radio Rurale, Radio Arc-En-Ciel, Radio-Arc-En-Ciel Plus, Radio Bobo, Radio Gaoua), démembrements de la Radio Nationale du Burkina, existent des radios locales mises en place par l'Etat et gérées par les communautés locales (les radios de Diapaga, Djibasso, Gassan, Kongoussi, Orodara et Poura).
Les nombreuses radios FM commerciales sont principalement implantées dans la capitale et dans quelques centres urbains de l'intérieur à côté des radios confessionnelles. La première radio indépendante de l'Afrique noire francophone a commencé à émettre en décembre 1990. Horizon-FM était la pionnière du nouveau paysage médiatique qui commence à se dessiner en Afrique occidentale. Le succès d'Horizon-FM Ouagadougou fut tel que son initiateur, Moustapha Thiambiano, mit rapidement deux autres stations en service : Horizon-FM Ouahigouya en novembre 1992 et Horizon-FM Koudougou en janvier 1993. Fort de cet exemple, les initiatives se sont ensuite multipliées, citons notamment Radio Pulsar, Radio Savane, ou encore radio de l'Amitié.
Il existe enfin des radios associatives souvent localisées dans les zones rurales, à l'initiative des associations ou ONG. Citons notamment Radio Salankoloto, La Voix du Paysan ou encore Radio Kakoadb Yam Venegré.
Les radios confessionnelles se sont également multipliées avec notamment les chaînes suivantes : Radio Évangile Développement, Radio Maria, Radio Lumière Vie Développement, Radio Alliance Chrétienne (Bobo), Radio Évangile du Sud Ouest (RESO) (Gaoua), Radio Notre Dame du Sahel (Ouahigouya) .
Jean-Paul Cluzel, président de Radio France Internationale
(RFI) s'exprimant sur le site Afrik.com , évoquait la position
de la radio en Afrique : Cette observation, même si elle reflète la position logique du responsable d'une grande radio en Afrique, souligne néanmoins les réels avantages de ce média. Jacques Barrat, dans Géographie économique des médias , confirme cette supériorité de la radio sur le continent africain. Il souligne que ce média est totalement adapté à ces zones dont les économies sont restées traditionnelles. Le transistor en particulier possède l'immense avantage de ne pas nécessiter d'équipement électrique. Il réaffirme par ailleurs les avantages de la radio en déclarant " l'avantage de la radio demeure bien évidemment le fait qu'elle est facilement transportable, qu'elle permet le maintien d'activités parallèlement à son écoute et qu'enfin, à tord ou à raison, elle apparaît plus libre, plus directe et plus spontanée que le média télévision ". Revenant plus spécifiquement sur l'adaptation du média au continent africain, il ajoute " la radio, média roi, a encore de belles perspectives devant elle. D'abord parce que la télévision, lorsqu'elle existe, est souvent très coûteuse et encore réservée à une minorité de privilégiés ou à une élite. Enfin et surtout parce que les possibilités de décentralisation de la radio lui permettent de toucher des publics très spécifiques dans des langues régionales ou locales ".
Le malien Amadou Hampaté Bah, ancien membre du conseil exécutif de l'UNESCO, avait coutume de dire qu'en "Afrique, un vieillard qui meurt est comme une bibliothèque qui brûle". Cette phrase reflète l'importance considérable de l'oralité en Afrique. Cette dernière réside dans le fait que presque tout le patrimoine culturel africain est mémorisé sous la forme orale. Traditions, secrets, contes, histoires, toute la culture africaine circule par ce biais depuis plusieurs milliers d'années. Dans la tradition africaine, la parole, cadeau des dieux, est sacrée et possède une force magique. Le griot est le personnage clé de la diffusion de la culture par la parole et par le chant. Le mot " griot " vient d'une incompréhension des Occidentaux. Les colons ont comparé le griot malien au crieur public portugais, le criado. Puis ils ont francisé criado en griot. Bakary Soumano, chef des griots de Bamako, déclarait récemment que " le bon griot est le gardien des traditions, le garant des coutumes, le dépositaire de la mémoire collective, un rempart contre toute forme d'acculturation ". Grâce à l'action des griots, qui profitent de tous les grands rassemblements (mariages, baptêmes, enterrements ) pour ranimer la mémoire des ancêtres, les africains sont imprégnés de cette culture. Tous les enfant connaissent l'histoire de leur famille, de leurs ancêtres et la signification de leur nom. Les burkinabé s'adonnent également aux " parentés à plaisanterie " qui lient des clans, ethnies, contrées, corps de métier différents. C'est d'ailleurs cet humour au service de la paix sociale qui a contribué à préserver le Burkina des guerres claniques ou ethniques . La radio possède donc un avantage indéniable puisqu'elle associe un récepteur transportable et peu onéreux (le transistor) à une culture orale totalement en adéquation avec la tradition africaine. Il n'est pas surprenant dans ces conditions que la radio soit fréquemment qualifiée de " média roi " en Afrique et que son succès soit effectivement indéniable. La tradition orale serait selon certain de plus en plus fréquemment complétée par l'écrit ; ainsi Sophia Gazza nuance la prépondérance de l'oralité en affirmant dans son ouvrage Les habitudes de lecture en Afrique subsaharienne et les apprentissages traditionnels que la lecture apparaît de plus en plus comme une nouvelle forme de divertissement directement lié au développement de la scolarité. Elle se pratique collectivement, lors de veillées ou avec la communauté locale au cours de séances de lecture publique. Le temps de la culture orale contre la culture écrite semble dépassé même si, en Afrique, le savoir ne passe pas exclusivement par l'écrit.
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